dimanche, juillet 16, 2006

Albert Camus, La peste, (notes de lecture)





Grand success auprès du public et de la critique.

La Peste est dans l’ensemble de l’œuvre de Camus un point d’achèvement, le couronnement d’une œuvre parvenue à la maturité.

Le premier grand roman de l’immédiate après-guerre.

Thèmes fondateurs de l’univers camusien:
- la vie quotidienne;
- la solitude;
- l’étrangeté aux autres et à soi-même;
- la quête de soi;
- la beauté de la nature méditerranénne;
- la presence de la mort;
- le malheure et le bonheur de vivre.

Dans l’imaginaire camusien, la notion de fléau et le symbole de la peste sont indissociables de la representation du mal.

« Le cycle de l’absurde » est compose par:
- Caligula;
- L’Etranger;
- Le Mythe de Sisyphe;
- Le Malentendu.

« Le cycle de la révolte »:
- La Peste;
- L’Etat de siege;
- Les Justes;
- L’Homme révolté.

En fait, les œuvres de la révolte ne sauraient se comprendre en déhors du sentiment et de la conscience de l’absurde.

L’absurde a été défini comme « révolte de la chair » devant le temps et la mort.

Le Camus de l’absurde neglige la dimension politique.

Camus se méfie trop du dogmatisme et de la littérature à thèse pour ne pas se défier de la littérature engagée.

Dans l’expérience absurde, la tragédie est individuelle. A partir du mouvement de révolte, elle a conscience d’être collective.

Camus n’a pas refusé l’Histoire, mais il a refusé de la sacraliser, de croire qu’elle pouvait donner un sens à la vie, ou avoir valeur d’absolu.

L’Etranger, comme la Peste, décrit la nudité de l’homme en face de l’absurde. En plus, La Peste démontre que l’absurde n’apprend rien.

Camus a noté: « Je veux exprimer au moyen de la peste l’étouffement dont nous avons tous souffert et l’atmosphère de menace et d’exil dans laquelle nous avons vécu. Je veux du même coup étendre cette interprétation à la notion d’existence en général. »

M.-T. Blondeau a dit: « Pourquoi avoir choisi la peste? Parce que c’est la seule maladie épidémique ayant des conséquences sur toute une ville, la seule qui touche tous les domaines de la société et désorganise la vie de la cité, la seule qui mette les cadavres dans la rue, qui change à ce point les mentalités. »

Camus s’est documenté avec le plus grand sérieux sur la peste.

Alors que les essais de Camus sont précédés d’un avant-propos ou d’une épigraphe, La Peste est la seule des œuvres romanesques qui soit placée sous le patronage d’une citation: « Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d’emprisonnement par une autre, que de représenter n’importe quelle chose qui existe réellement par quelque chose qui n’existe pas. » (Daniel Defoe, Robinson Crusoe)

La Peste représente à la fois des internements bien réels, et la prison que constitue la condition humaine.

Une structure complexe et révélatrice

Comme une tragédie classique, la Peste est divisée en cinq parties.

La première partie relate l’apparition des rats, décrit la montée de la tension et s’achève sur l’énonciation de l’événement.

La deuxième partie montre l’installation et le progrès de la peste dans la cité désormais fermée sur elle-même, les efforts pour organiser la lutte contre le fléau, le crescendo de la peur, le sentiment de l’exil, la révolte.

La trosième partie révendique sa place centrale, tant en ce qui concerne le récit qu’en ce qui concerne l’action. Elle affirme la régne de la peste, ses violences, ses enterrements, la souffrance des séparés.

La quatrième partie accentue la montée de la maladie et de la terreur.

La cinquième partie voit la peste décroître, et règle le sort des personnages qui ont survécu jusque-là.

La chronique comme mode d’écriture.

La ville s’appelle Oran.

Le narrateur de La Peste s’explique à plusieurs reprises sur les circonstances dans lesquelles il a entrepris sa chronique, sur les raisons qui l’ont poussé à le faire. Il garde l’incognito jusqu’aux dernières pages de son récit.

Parlant apès la fin – provisoire – de la peste, le narrateur est à même d’en connaître tous les ravages, toutes les victimes, de mesurer l’étendue du mal, mais aussi de rendre justice à ceux qui lui ont résisté. Anonyme, il peut être identifié à chacun des habitants d’Oran, puisqu’il ne cache pas ses liens avec la ville.

La chronique prend sa portée avec le choix du narrateur anonyme.

Les pouvoirs du langage

Tarrou est un porte-parole de Camus, ne serait-ce que par son exigence d’un langage clair, et par le goût pour l’insignifiance que Camus partage avec lui au point d’envisager une « anthologie de l’insignifiance ».

Par la variété des « chroniqueurs », l’alternance entre narration et dialogues, description ou scènes, La Peste suppose toute une réflexion sur les possibilités du langage.

Il n’est sans doute pas d’œuvre de Camus qui n’envisage les questions de la vérité et du mensonge, de la parole et du silence, et ne contienne une mise en cause du langage par le langage lui-même.

L’impossibilité de communiquer avec ceux qui se trouvent à l’extérieur de la ville devient l’impossibilité du langage même. Le langage devient conventionnel, inapte à exprimer les vérités des sentiments et des êtres. On est tenté à croire que la vérité est dans le silence.

Camus se refuse à user des pouvoirs du romancier omniscient.

La Peste ajoute à ses multiples portées une utilisation du langage qui entre dans la visée polémique ou satirique du roman, soit à travers le récit, soit par les discours reproduits. La Peste s’attaque au pouvoir politique, à la presse, à la religion – à tous ceux qui exercent une responsabilité à l’égard de la population.

Le roman poursuit la réflexion sur l’acte d’écrire, que Camus ne sépare pas de l’élaboration même de l’œuvre.

La chronique affirme par “on” une ambition collective. Il y a une collectivité de fait, imposée par le fléau.

La Peste propose une fresque des comportements humains en face du mal.

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