Chapitre 1. Statut morphosémantique du verbe
A. Le verbe dans les grammaires
B. Définition notionnelle et formelle
C. Classes grammaticales et lexicales
1. Classes grammaticales
1.1. Significatif / copule
1.2. Significatif / auxiliaire
1.3. Perfectif / imperfectif
2. Classes lexicales
2.1. Verbes d’action
2.2. Verbes de devenir (éventifs)
2.3. Les verbes d’état (statiques)
Chapitre II. Statut morphosyntaxique du verbe
A. Le Verbe dans la phrase
B. Les catégories verbo-nominales
1. Expression du nombre dans le code écrit et oral
2. Accord du verbe avec le sujet
3. Verbes impersonnels
C. Traits contextuels du verbe
Chapitre III. Les catégories verbales
A. Temps et temporalité
B. Mode et modalité
C. Aspect et aspectualité
D. Diathèse ou voix
La flexion et le système des formes
Chapitre IV. Flexion et types flexionnels
A. Structure morphologique du verbe
B. Formation des temps et des modes
C. Classes flexionnelles: verbes réguliers, irréguliers et défectifs
Chapitre V. Systématique verbo-temporelle du français contemporain
A. Le système des formes
B. Les périphrases prémorphologiques
Les temps de l’indicatif. Valeurs et emploi
Chapitre VI. Temps et énonciation
A. Le temps, catégorie
B. Déictiques et non-déictiques temporels
C. Temps du discours et temps de l’histoire
D. Valeurs grammaticales et effets de sens
Chapitre VII. Axe du présent
A. Le présent
B. Le passé composé
C. Futur simple et futur antérieur
Chapitre VIII. Axe du passé
A. L’imparfait
B. Le plus-que-parfait
C. Passé simple et passé antérieur
Chapitre IX. Discours rapporté et temps de perspective
A. Discours direct vs. discours indirect
B. Rapporter un énoncé au DI
1. Inclusion syntaxique
2. Changement de perspective
3. Concordance des temps
Chapitre X. Les formes en –RAIS dites “Conditionnel présent et passé”
A. Des valeurs temporelles aux valeurs modales
B. Emplois modaux des formes en –rais
1. Système hypothétique et conditionnel
2. Le conditionnel non corrélatif
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Encore!
mardi, août 05, 2008
L'Etat et la langue française (par Manuel de Diéguez)
Si, du matin au soir l'empire romain avait diffusé sur les ondes des nouvelles fraîches de Titus, de Vespasien ou de Trajan, un latin châtié serait demeuré familier aux oreilles de province. Mais la prononciation correcte de cette langue se serait-elle perpétuée pour autant de la Bretagne à la Syrie? Nos récentes retrouvailles avec l'accentuation du latin de Cicéron nous donnent des CD désastreux, tellement le palais de Paris n'apprendra jamais que mécaniquement à rythmer une langue que nos écoliers et nos professeurs prononcent depuis des générations sur le ton monocorde qui n'appartient qu'au français. Quant à la prononciation retrouvée du grec de Périclès, elle demeure plus artificielle encore et d'une lenteur ridicule en raison de la difficulté de trouver des acteurs qui entendent ce qu'ils lisent. Du salon de Mme de Rambouillet à nos jours, la royauté, puis la République se sont attachées à "dégasconner" le français. Une nation est responsable de la grammaire de sa langue quand celle-ci se fait entendre vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur les cinq continents.
L'heure a sonné pour l'Etat de retrouver une politique de la langue. Car, dans moins d'un siècle, la multiplication des accents et des rythmes locaux sera devenue dramatique, et ce malgré la formidable puissance de sauvetage automatique de la langue dont dispose un monde de la parole soutenu par une mécanique, si la radio nationale nous fait entendre le français germanisé de Mulhouse ou chantant de Marseille, à l'image d'une Allemagne trop tardivement unifiée par Bismarck et qui fait passer tour à tour sur les ondes les derniers restes de la langue de Goethe et de Schiller à l'école de Cologne et des rudes gosiers des paysans de Bavière. Même disloqué, écartelé, naufragé, le salmigondis franco-allemand ne prononce pas variieren, desavouiren, cachieren, inakceptabel, sur le même ton dans tous les villages.
Une langue du savoir et de la culture dont l'écoute demeure mondiale a besoin d'une capitale centralisatrice afin d'universaliser son accent à l'échelle de la planète; sinon sa littérature se désagrège entre cent baragoins. Corneille est aussi ridicule dans des bouches vaudoises que les vers de Hölderlin dans une bouche bernoise. Quelles tonalités de la langue germanique s'enseignent-elles à Columbia ou à Harvard ? Celles de la province natale du professeur importé d'Allemagne. Le français de demain sera-t-il encore suffisamment parisien pour qu'on ne l'entende pas jargonner sous le déguisement de cent défroques ? Lucien de Samosate conservait des tonalités ioniennes et Démosthène se faisait corriger par des poissonnières du Pirée. La France affichera-t-elle bientôt un panculturalisme radiophonique qui pliera aux crus des villages une langue qui avait peiné trois siècles à trouver sa tonalité ? La prononciation unifiée d'une langue est tellement vitale qu'Erasme avait publié un traité de la prononciation du latin et s'était exercé à celle du grec ancien sous la férule des hellénistes d'Athènes de son temps, ce qui n'était pas le cas de Budé.
Pour l'instant, le français serait encore guérissable si seulement les quarante vieillards du Quai Conti avaient assez de sève pour adresser, au nom de leurs cheveux blancs, une rude et solennelle semonce à l'Etat afin qu'il mette fin d'autorité aux fautes de grammaire grouillantes sur les ondes. "Nous, diraient-ils, qui devons à un homme d'Etat et d'Eglise la conservation de tous les livres que publient nos libraires, nous qui, de siècle en siècle, formons les phalanges macédoniennes des chenus de la syntaxe et de la grammaire, notre tour est venu de donner nos ordres à la République. Voici nos trente premiers édits - d'autres suivront.
Nous décrétons :
1 - Que le chef de l'Etat devra informer toute la machine administrative qu'initier ne signifie pas débuter, mais instruire dans les mystères d'une religion ou dans les arcanes d'un savoir.
2 - L'Etat ambitieux d'impulser des réformes aura le devoir d'informer les organes responsables de la voix quotidienne de la nation et de la République que le verbe impulser est une invention anglaise et que la Gaule ne connaît que les substantifs impulsion et impulsivité, ainsi que l'adjectif impulsif.
3 - Nous voulons que l'Elysée rappelle la conjugaison du verbe partir aux porte-voix de la France sur les chaînes publiques : on ne part pas à Paris, mais pour quelque destination que ce soit.
4 - Nous ordonnons que le premier magistrat de la France interdise sur les ondes l'expression paysanne ce midi.
5 - Le chef de l'Etat dira aux Egéries qui siègent dans son gouvernement qu'il leur est permis de tomber malade, ou de leur haut, ou sur les ennemis, ou des nues, ou en disgrâce, ou dans l'erreur, et même à la renverse, mais non de tomber enceintes.
6 - Nous édictons par les présentes qu'on circulera à vélo, ou à motocyclette, parce que ces engins rappellent des montures.
7 - Une loi promulguera que le chef de l'Etat devra s'initier suffisamment aux Lettres pour rappeler à ses Ministres qu'on ne dit pas plus que quiconque, mais plus que personne.
8 - L'Académie exige la reconduite à la frontière du verbe nominer, qui écorche les oreilles de la nation; elle publiera, dans quelques jours, une liste des vocables étrangers présents sur le sol français et dont la dégaine défie ses ordonnances.
9 - Diantre, ce n'est pas parce que l'on rencontrera plus de mille fois ainsi avec l'inversion dans L'être et le néant d'un certain Jean-Paul Sartre que cette expression passera du néant à l'être. C'est aussi qui demande l'inversion. On dit ainsi, nous sommes…
10 - Nous vous ordonnons non moins fermement, M. le Président, de vous souvenir de ce qu'après appelle un verbe à l'indicatif: après qu'ils furent partis, et non le subjonctif, après qu'ils soient partis, parce qu'il s'agit d'une constatation et non d'une supposition.
11 - L'Académie française vous adjure, M. le Président de renoncer à l'hérésie du double partitif. On ne dit pas : C'est de cela dont il est question, mais c'est de cela qu'il est question.
12 - Nous le disons tout net : il vous faut cesser de dire par contre. On dit en revanche.
13 - Nous serons des pédagogues intraitables des règles de l'interrogation : vous ordonnerez aux radios et aux chaînes de télévision de cesser de dire à longueur de journée: "Qu'est-ce qu'il dit ?" En français, le questionnement s'exprime avec élégance : "Que dit-il ?"
14 - La grammaire française déteste le superfétatoire. Elle n'ajoute pas un mot de trop à ce qu'elle énonce. Elle proclame l'inutilité de souligner qu'on marche à pied.
15 - L'Etat ne saurait ignorer que débuter n'est pas un verbe transitif. On ne débute pas quelque chose.
16 - Savez-vous qu'on ne saurait se métamorphoser au point de dire : "Nous sommes mardi …" ? Dites seulement "C'est mardi…", et tout le monde vous croira.
17 - Savez-vous que votre politique ne s'articule par sur, mais avec ?
18 - Savez-vous qu'échanger ne signifie pas dialoguer ?
19 - Savez-vous qu'on ne dit pas ceci dit, mais cela dit ?
20 - Savez-vous que l'adjectif victorieux ne saurait céder le pas à vainqueur ?
21 - Au nom de toute l'Académie française, nous vous demandons avec gravité de frapper d'un arrêt d'expulsion immédiat : "Il en va de…" au lieu de "Il y va de…".
22 - Nous disons au chef de l'Etat que la négation courtoise fait partie des voilures et des cordages de la langue française et qu'il faut dire je ne veux pas et non je veux pas.
23 - Nous vous informons avec la plus grande fermeté, Monsieur le Président, qu'il vous appartient d'interdire dans nos écoles l'usage du verbe clôturer appliqué à des congrès ou à des conciliabules : en bon français, clôturer signifie poser une clôture.
24 - Monsieur le Président, la langue française connaît les substantifs maturité et maturation, mais non l'adjectif mature.
25 - Monsieur le Président, la France a ses brebis galeuses, mais elle n'a jamais vu de moutons noirs.
26 - Monsieur le Président, nous disons au printemps, mais en été, en automne, en hiver.
27 - Monsieur le Président, la langue française fait un grand usage du verbe casser et du substantif casse, tel casse-cou, casse-noisettes, casse-noix, casse-pierre, casse-pipes, casse-poitrines, casse-pattes ; mais se casser se dit d'un navire dont la quille se courbe.
28 - On ne dit pas un tel, retour de, mais de retour.
29 - Ce sont les armées qui battent en retraite. Les travailleurs vont à la retraite.
30 - On ne dit pas : Il faut mieux, mais : Il vaut mieux.
Conclusion
Au nom du Cardinal qui, depuis quatre siècles, nous réunit tous les jeudis au Quai Conti, nous vous informons, M. le Président, qu'il entre dans les responsabilités attachées à votre charge de congédier par décret les laquais et les valets de l'étranger qui habillent notre vocabulaire de la livrée de leur maître. Il faut que le vrai français ait une tête et une seule. Les Espagnols Martial, Quintilien, Sénèque, Trajan, Vespasien, Hadrien ne parlaient pas un latin espagnolisé, mais ajoutaient des titres de gloire à la langue de Cicéron et de Tacite. Ne disloquez pas le français, ne le délocalisez qu'afin de l'unifier davantage sur toute la terre, parce qu'un idiome éparpillé perd son sceptre. L'Empire romain l'a appris à ses dépens, puisque le latin n'a retrouvé sa pureté de la Renaissance jusqu'au XVIIè siècle qu'à la suite de sa régénération la plus vigoureuse sous la plume indignée des Laurent Valla et des Erasme.
Votre titre de protecteur de l'Académie française comporte des attributs attachés à votre charge par nature, parce que la transmission mécanique de la parole est devenue l'arme de son ubiquité. Si Richelieu revenait parmi nous, il substituerait la collaboration de la monarchie avec des représentants qualifiés de la langue de la raison à celle des capétiens avec l'Eglise. Votre devoir est de vous élever à la dignité d'une magistrature dont les arrêts s'imposeront à la classe dirigeante, parce que l'éducation nationale a besoin qu'une tête la conduise sur les chemins où la pensée et la grammaire scellent alliance.
Parallèlement à votre premier vœu de mettre les langues régionales à parité avec le français et donc de leur accorder le même rang constitutionnel qu'à l'idiome de la nation, votre Ministre de l'instruction publique voudrait abolir l'"aberration française" que l'apprentissage universel de l'art de raisonner juste serait devenu et, par conséquent, de supprimer l'enseignement de la philosophie dans les lycées. Mais une civilisation qui a cessé depuis trois siècles d'écouter la "parole de vérité" d'une autre bouche que de celle de la raison, une civilisation qui n'entend plus laisser les hommes de l'autel légiférer au nom d'une autorité transcendante à celle qu'exerce l'entendement humain, une civilisation qui a substitué la voix de l'intelligence à celle de tous les clergés n'habitera un ciel des élévations plus éclairant que celui des Eglises que s'il arme ses phalanges du savoir des feux et des illuminations de la lucidité. La France est au premier rang des guerriers de l' alliance de la langue avec la rigueur intellectuelle.
Quand la raison est une barque à la dérive, c'est la nation qui fait eau de toutes parts. Un panculturalisme décérébré menace désormais la cohérence interne du français, parce qu'on ne saurait ouvrir les yeux sur un monde que la logique du discours a cessé de charpenter. Pour éduquer des connaisseurs de la vitalité de la langue française, souvenez-vous de ce que la parole architecturée d'une main de fer par la pensée est le baromètres qui permet aux civilisations non seulement de connaître leur température, mais la place qu'elles ont conquise à la force du poignet entre leurs premiers balbutiements et leur sépulcre. La langue française est la messagère d'une humanité en marche. Sa trajectoire est celle de sa voix dans l'histoire du monde. L'oublier, ce serait cesser d'armer la tête de la France.
Monsieur le Président, nous ne sommes pas des agents du service de sécurité du vocabulaire, nous ne sommes pas des policiers de la syntaxe, nous ne mettons pas la langue sous scellés, nous sommes les sentinelles de la vaillance d'une civilisation, parce que nous savons qu'une langue privée de son cardage perd contenance, fragilise les cervelles et les livre au chaos. C'est pourquoi notre vocation ordonne à tous les gouvernements de la France de se souvenir que notre langue a écrit une histoire dont le trône s'appelle le génie de la nation.
Voir la source.
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L'heure a sonné pour l'Etat de retrouver une politique de la langue. Car, dans moins d'un siècle, la multiplication des accents et des rythmes locaux sera devenue dramatique, et ce malgré la formidable puissance de sauvetage automatique de la langue dont dispose un monde de la parole soutenu par une mécanique, si la radio nationale nous fait entendre le français germanisé de Mulhouse ou chantant de Marseille, à l'image d'une Allemagne trop tardivement unifiée par Bismarck et qui fait passer tour à tour sur les ondes les derniers restes de la langue de Goethe et de Schiller à l'école de Cologne et des rudes gosiers des paysans de Bavière. Même disloqué, écartelé, naufragé, le salmigondis franco-allemand ne prononce pas variieren, desavouiren, cachieren, inakceptabel, sur le même ton dans tous les villages.
Une langue du savoir et de la culture dont l'écoute demeure mondiale a besoin d'une capitale centralisatrice afin d'universaliser son accent à l'échelle de la planète; sinon sa littérature se désagrège entre cent baragoins. Corneille est aussi ridicule dans des bouches vaudoises que les vers de Hölderlin dans une bouche bernoise. Quelles tonalités de la langue germanique s'enseignent-elles à Columbia ou à Harvard ? Celles de la province natale du professeur importé d'Allemagne. Le français de demain sera-t-il encore suffisamment parisien pour qu'on ne l'entende pas jargonner sous le déguisement de cent défroques ? Lucien de Samosate conservait des tonalités ioniennes et Démosthène se faisait corriger par des poissonnières du Pirée. La France affichera-t-elle bientôt un panculturalisme radiophonique qui pliera aux crus des villages une langue qui avait peiné trois siècles à trouver sa tonalité ? La prononciation unifiée d'une langue est tellement vitale qu'Erasme avait publié un traité de la prononciation du latin et s'était exercé à celle du grec ancien sous la férule des hellénistes d'Athènes de son temps, ce qui n'était pas le cas de Budé.
Pour l'instant, le français serait encore guérissable si seulement les quarante vieillards du Quai Conti avaient assez de sève pour adresser, au nom de leurs cheveux blancs, une rude et solennelle semonce à l'Etat afin qu'il mette fin d'autorité aux fautes de grammaire grouillantes sur les ondes. "Nous, diraient-ils, qui devons à un homme d'Etat et d'Eglise la conservation de tous les livres que publient nos libraires, nous qui, de siècle en siècle, formons les phalanges macédoniennes des chenus de la syntaxe et de la grammaire, notre tour est venu de donner nos ordres à la République. Voici nos trente premiers édits - d'autres suivront.
Nous décrétons :
1 - Que le chef de l'Etat devra informer toute la machine administrative qu'initier ne signifie pas débuter, mais instruire dans les mystères d'une religion ou dans les arcanes d'un savoir.
2 - L'Etat ambitieux d'impulser des réformes aura le devoir d'informer les organes responsables de la voix quotidienne de la nation et de la République que le verbe impulser est une invention anglaise et que la Gaule ne connaît que les substantifs impulsion et impulsivité, ainsi que l'adjectif impulsif.
3 - Nous voulons que l'Elysée rappelle la conjugaison du verbe partir aux porte-voix de la France sur les chaînes publiques : on ne part pas à Paris, mais pour quelque destination que ce soit.
4 - Nous ordonnons que le premier magistrat de la France interdise sur les ondes l'expression paysanne ce midi.
5 - Le chef de l'Etat dira aux Egéries qui siègent dans son gouvernement qu'il leur est permis de tomber malade, ou de leur haut, ou sur les ennemis, ou des nues, ou en disgrâce, ou dans l'erreur, et même à la renverse, mais non de tomber enceintes.
6 - Nous édictons par les présentes qu'on circulera à vélo, ou à motocyclette, parce que ces engins rappellent des montures.
7 - Une loi promulguera que le chef de l'Etat devra s'initier suffisamment aux Lettres pour rappeler à ses Ministres qu'on ne dit pas plus que quiconque, mais plus que personne.
8 - L'Académie exige la reconduite à la frontière du verbe nominer, qui écorche les oreilles de la nation; elle publiera, dans quelques jours, une liste des vocables étrangers présents sur le sol français et dont la dégaine défie ses ordonnances.
9 - Diantre, ce n'est pas parce que l'on rencontrera plus de mille fois ainsi avec l'inversion dans L'être et le néant d'un certain Jean-Paul Sartre que cette expression passera du néant à l'être. C'est aussi qui demande l'inversion. On dit ainsi, nous sommes…
10 - Nous vous ordonnons non moins fermement, M. le Président, de vous souvenir de ce qu'après appelle un verbe à l'indicatif: après qu'ils furent partis, et non le subjonctif, après qu'ils soient partis, parce qu'il s'agit d'une constatation et non d'une supposition.
11 - L'Académie française vous adjure, M. le Président de renoncer à l'hérésie du double partitif. On ne dit pas : C'est de cela dont il est question, mais c'est de cela qu'il est question.
12 - Nous le disons tout net : il vous faut cesser de dire par contre. On dit en revanche.
13 - Nous serons des pédagogues intraitables des règles de l'interrogation : vous ordonnerez aux radios et aux chaînes de télévision de cesser de dire à longueur de journée: "Qu'est-ce qu'il dit ?" En français, le questionnement s'exprime avec élégance : "Que dit-il ?"
14 - La grammaire française déteste le superfétatoire. Elle n'ajoute pas un mot de trop à ce qu'elle énonce. Elle proclame l'inutilité de souligner qu'on marche à pied.
15 - L'Etat ne saurait ignorer que débuter n'est pas un verbe transitif. On ne débute pas quelque chose.
16 - Savez-vous qu'on ne saurait se métamorphoser au point de dire : "Nous sommes mardi …" ? Dites seulement "C'est mardi…", et tout le monde vous croira.
17 - Savez-vous que votre politique ne s'articule par sur, mais avec ?
18 - Savez-vous qu'échanger ne signifie pas dialoguer ?
19 - Savez-vous qu'on ne dit pas ceci dit, mais cela dit ?
20 - Savez-vous que l'adjectif victorieux ne saurait céder le pas à vainqueur ?
21 - Au nom de toute l'Académie française, nous vous demandons avec gravité de frapper d'un arrêt d'expulsion immédiat : "Il en va de…" au lieu de "Il y va de…".
22 - Nous disons au chef de l'Etat que la négation courtoise fait partie des voilures et des cordages de la langue française et qu'il faut dire je ne veux pas et non je veux pas.
23 - Nous vous informons avec la plus grande fermeté, Monsieur le Président, qu'il vous appartient d'interdire dans nos écoles l'usage du verbe clôturer appliqué à des congrès ou à des conciliabules : en bon français, clôturer signifie poser une clôture.
24 - Monsieur le Président, la langue française connaît les substantifs maturité et maturation, mais non l'adjectif mature.
25 - Monsieur le Président, la France a ses brebis galeuses, mais elle n'a jamais vu de moutons noirs.
26 - Monsieur le Président, nous disons au printemps, mais en été, en automne, en hiver.
27 - Monsieur le Président, la langue française fait un grand usage du verbe casser et du substantif casse, tel casse-cou, casse-noisettes, casse-noix, casse-pierre, casse-pipes, casse-poitrines, casse-pattes ; mais se casser se dit d'un navire dont la quille se courbe.
28 - On ne dit pas un tel, retour de, mais de retour.
29 - Ce sont les armées qui battent en retraite. Les travailleurs vont à la retraite.
30 - On ne dit pas : Il faut mieux, mais : Il vaut mieux.
Conclusion
Au nom du Cardinal qui, depuis quatre siècles, nous réunit tous les jeudis au Quai Conti, nous vous informons, M. le Président, qu'il entre dans les responsabilités attachées à votre charge de congédier par décret les laquais et les valets de l'étranger qui habillent notre vocabulaire de la livrée de leur maître. Il faut que le vrai français ait une tête et une seule. Les Espagnols Martial, Quintilien, Sénèque, Trajan, Vespasien, Hadrien ne parlaient pas un latin espagnolisé, mais ajoutaient des titres de gloire à la langue de Cicéron et de Tacite. Ne disloquez pas le français, ne le délocalisez qu'afin de l'unifier davantage sur toute la terre, parce qu'un idiome éparpillé perd son sceptre. L'Empire romain l'a appris à ses dépens, puisque le latin n'a retrouvé sa pureté de la Renaissance jusqu'au XVIIè siècle qu'à la suite de sa régénération la plus vigoureuse sous la plume indignée des Laurent Valla et des Erasme.
Votre titre de protecteur de l'Académie française comporte des attributs attachés à votre charge par nature, parce que la transmission mécanique de la parole est devenue l'arme de son ubiquité. Si Richelieu revenait parmi nous, il substituerait la collaboration de la monarchie avec des représentants qualifiés de la langue de la raison à celle des capétiens avec l'Eglise. Votre devoir est de vous élever à la dignité d'une magistrature dont les arrêts s'imposeront à la classe dirigeante, parce que l'éducation nationale a besoin qu'une tête la conduise sur les chemins où la pensée et la grammaire scellent alliance.
Parallèlement à votre premier vœu de mettre les langues régionales à parité avec le français et donc de leur accorder le même rang constitutionnel qu'à l'idiome de la nation, votre Ministre de l'instruction publique voudrait abolir l'"aberration française" que l'apprentissage universel de l'art de raisonner juste serait devenu et, par conséquent, de supprimer l'enseignement de la philosophie dans les lycées. Mais une civilisation qui a cessé depuis trois siècles d'écouter la "parole de vérité" d'une autre bouche que de celle de la raison, une civilisation qui n'entend plus laisser les hommes de l'autel légiférer au nom d'une autorité transcendante à celle qu'exerce l'entendement humain, une civilisation qui a substitué la voix de l'intelligence à celle de tous les clergés n'habitera un ciel des élévations plus éclairant que celui des Eglises que s'il arme ses phalanges du savoir des feux et des illuminations de la lucidité. La France est au premier rang des guerriers de l' alliance de la langue avec la rigueur intellectuelle.
Quand la raison est une barque à la dérive, c'est la nation qui fait eau de toutes parts. Un panculturalisme décérébré menace désormais la cohérence interne du français, parce qu'on ne saurait ouvrir les yeux sur un monde que la logique du discours a cessé de charpenter. Pour éduquer des connaisseurs de la vitalité de la langue française, souvenez-vous de ce que la parole architecturée d'une main de fer par la pensée est le baromètres qui permet aux civilisations non seulement de connaître leur température, mais la place qu'elles ont conquise à la force du poignet entre leurs premiers balbutiements et leur sépulcre. La langue française est la messagère d'une humanité en marche. Sa trajectoire est celle de sa voix dans l'histoire du monde. L'oublier, ce serait cesser d'armer la tête de la France.
Monsieur le Président, nous ne sommes pas des agents du service de sécurité du vocabulaire, nous ne sommes pas des policiers de la syntaxe, nous ne mettons pas la langue sous scellés, nous sommes les sentinelles de la vaillance d'une civilisation, parce que nous savons qu'une langue privée de son cardage perd contenance, fragilise les cervelles et les livre au chaos. C'est pourquoi notre vocation ordonne à tous les gouvernements de la France de se souvenir que notre langue a écrit une histoire dont le trône s'appelle le génie de la nation.
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dimanche, août 03, 2008
Le verbe dans la grammaire (notes de cours)
1. Dans la grammaire aristotélicienne, la distinction entre nom et verbe repose sur des critères d’ordre logique: l’un dénomme des substances ou des entités, l’autre prédique les propriétés accidentelles de celles-ci. L’un fournit le sujet et l’autre, le prédicat du jugement, la complémentarité des deux fonctions étant la condition sine qua non d’une bonne structuration logique de la phrase.
L’importance accordée au verbe en tant qu’élément indispensable à la formulation d’un jugement se reflète dans la terminologie utilisée en grammaire pour désigner cette partie du discours. Le nom grec rhema signifie non seulement “verbe” mais aussi “mot”, “parole”, de même que son équivalent latin verbum, dont les descendants roumain (verb) et français (verbe) ont gardé les deux sens.
La grammaire de Panini offre sur ce point une parfaite analogie avec les grammaires grecque et latine: padám désignait en sanscrit aussi bien le verbe que le mot en général.
Le rôle capital que joue le verbe dans l’organisation syntaxique et sémantique de la phrase est unanimement reconnu par les grammairiens: selon Sextil Puşcariu (1940), “verbul e sâmburele frazei” (le verbe est le noyau de la phrase) et selon Lucien Tesnière (1953), “le verbe est le nœud des nœuds”.
Mais alors que la fonction de dénomination était dévolue chez Platon et Aristote au seul substantif, la fonction de prédication incombait non seulement au verbe mais aussi à l’adjectif. Ainsi dans:
Claudine s’en va
Le livre est sur le pupitre
La vie est courte
Claudine, le livre, la vie désignent des êtres ou des choses, tandis que s’en va, est sur le pupitre, est courte constituent des prédications d’action, de lieu et de qualité sur les entités en question.
2. A partir du moyen âge, on établit entre le verbe et l’adjectif une distinction aussi nette qu’entre le verbe et le substantif. Mais les définitions notionnelles qu’on en donne ne sont pas toujours à même d’étayer ces distinctions: les noms dénotent des êtres ou des choses, les adjectifs, des qualités, et les verbes, des actions et des états. Mais comme le remarque à juste titre J. Lyons (1970), la différence entre qualité et état est moins tranchée que celle entre état et action: est-ce que savoir, exister, heureux, jeune désignent des états ou des qualités?
D’autre part, il y a des substantifs qui semblent dénoter des qualités plutôt que des entités (beauté, petitesse, tolérance), alors que le dénotatum de séjour, existence, course, départ semble tenir non pas de l’entité mais plutôt de l’état ou de l’action.
Entre les catégories sémantiques d’entité, de qualité, d’action ou d’état et les catégories lexico-grammaticales de substantif, d’adjectif et de verbe il n’y a pas de correspondance parfaite, loin de là. “Les parties du discours n’empiètent pas seulement les unes sur les autres, dit E. Sapir, mais elles sont susceptibles d’échanger leurs identité”. Il en conclut qu’une partie du discours “ne reflète pas tant notre conception intuitive de la réalité que notre aptitude à réduire cette réalité en une variété de systèmes de formes”.
Le conflit entre critères notionnels et critères formels, qui a jalonné toute l’évolution de la pensée grammaticale et que le débat entre modèles hérités de la logique classique et modèles issus du structuralisme n’a fait que relancer au XXe siècle, trouve dans le verbe un de ses terrains favoris d’action. Ainsi, selon G. Guillaume (1929), promoteur d’une conception « psychosystématique » de la langue, la différence entre l’infinitif marcher et le substantif marche consiste en ce que la forme verbale implique une tension, c’est du procès à l’état latent, tandis que le nom c’est l’idée de procès dénuée de toute tension.
Suivant E. Référovskaïa et A. Vassiliéva (1964), le substantif déverbal fournit une représentation notionnelle du phénomène en question (action ou état), qui se voit ainsi dépourvu de toute assise temporelle ou personnelle: la marche, la lecture. Le verbe représente l’action ou l’état comme un processus situé dans le temps et accompli par un agent et ceci, grâce à un système spécifique de marques.
Ches les tenants du structuralisme, les critères formels se substituent complètement aux critères sémantiques, tarés de non pertinents. Pour Edward Sapir, représentant du descriptivisme américain, « une partie du discours mise en dehors des restrictions de la syntaxe n’est qu’une vapeur insaisissable. Tout dépend des démarcations qu’on reconnaît entre les formes ». Pour André Martinet, promoteur du « fonctionnalisme », la distinction entre nom et verbe ne recouvre pas une différence réelle. Pluie et pleuvoir ne traduisent pas deux conceptions différentes d’un même phénomène. Ce sont là « deux formes linguistiques distinctes dont le choix est déterminé par le contexte: a pluie continue et il pleut sans arrêt ».
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L’importance accordée au verbe en tant qu’élément indispensable à la formulation d’un jugement se reflète dans la terminologie utilisée en grammaire pour désigner cette partie du discours. Le nom grec rhema signifie non seulement “verbe” mais aussi “mot”, “parole”, de même que son équivalent latin verbum, dont les descendants roumain (verb) et français (verbe) ont gardé les deux sens.
La grammaire de Panini offre sur ce point une parfaite analogie avec les grammaires grecque et latine: padám désignait en sanscrit aussi bien le verbe que le mot en général.
Le rôle capital que joue le verbe dans l’organisation syntaxique et sémantique de la phrase est unanimement reconnu par les grammairiens: selon Sextil Puşcariu (1940), “verbul e sâmburele frazei” (le verbe est le noyau de la phrase) et selon Lucien Tesnière (1953), “le verbe est le nœud des nœuds”.
Mais alors que la fonction de dénomination était dévolue chez Platon et Aristote au seul substantif, la fonction de prédication incombait non seulement au verbe mais aussi à l’adjectif. Ainsi dans:
Claudine s’en va
Le livre est sur le pupitre
La vie est courte
Claudine, le livre, la vie désignent des êtres ou des choses, tandis que s’en va, est sur le pupitre, est courte constituent des prédications d’action, de lieu et de qualité sur les entités en question.
2. A partir du moyen âge, on établit entre le verbe et l’adjectif une distinction aussi nette qu’entre le verbe et le substantif. Mais les définitions notionnelles qu’on en donne ne sont pas toujours à même d’étayer ces distinctions: les noms dénotent des êtres ou des choses, les adjectifs, des qualités, et les verbes, des actions et des états. Mais comme le remarque à juste titre J. Lyons (1970), la différence entre qualité et état est moins tranchée que celle entre état et action: est-ce que savoir, exister, heureux, jeune désignent des états ou des qualités?
D’autre part, il y a des substantifs qui semblent dénoter des qualités plutôt que des entités (beauté, petitesse, tolérance), alors que le dénotatum de séjour, existence, course, départ semble tenir non pas de l’entité mais plutôt de l’état ou de l’action.
Entre les catégories sémantiques d’entité, de qualité, d’action ou d’état et les catégories lexico-grammaticales de substantif, d’adjectif et de verbe il n’y a pas de correspondance parfaite, loin de là. “Les parties du discours n’empiètent pas seulement les unes sur les autres, dit E. Sapir, mais elles sont susceptibles d’échanger leurs identité”. Il en conclut qu’une partie du discours “ne reflète pas tant notre conception intuitive de la réalité que notre aptitude à réduire cette réalité en une variété de systèmes de formes”.
Le conflit entre critères notionnels et critères formels, qui a jalonné toute l’évolution de la pensée grammaticale et que le débat entre modèles hérités de la logique classique et modèles issus du structuralisme n’a fait que relancer au XXe siècle, trouve dans le verbe un de ses terrains favoris d’action. Ainsi, selon G. Guillaume (1929), promoteur d’une conception « psychosystématique » de la langue, la différence entre l’infinitif marcher et le substantif marche consiste en ce que la forme verbale implique une tension, c’est du procès à l’état latent, tandis que le nom c’est l’idée de procès dénuée de toute tension.
Suivant E. Référovskaïa et A. Vassiliéva (1964), le substantif déverbal fournit une représentation notionnelle du phénomène en question (action ou état), qui se voit ainsi dépourvu de toute assise temporelle ou personnelle: la marche, la lecture. Le verbe représente l’action ou l’état comme un processus situé dans le temps et accompli par un agent et ceci, grâce à un système spécifique de marques.
Ches les tenants du structuralisme, les critères formels se substituent complètement aux critères sémantiques, tarés de non pertinents. Pour Edward Sapir, représentant du descriptivisme américain, « une partie du discours mise en dehors des restrictions de la syntaxe n’est qu’une vapeur insaisissable. Tout dépend des démarcations qu’on reconnaît entre les formes ». Pour André Martinet, promoteur du « fonctionnalisme », la distinction entre nom et verbe ne recouvre pas une différence réelle. Pluie et pleuvoir ne traduisent pas deux conceptions différentes d’un même phénomène. Ce sont là « deux formes linguistiques distinctes dont le choix est déterminé par le contexte: a pluie continue et il pleut sans arrêt ».
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Publié par:
Radu Iliescu
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dimanche, août 03, 2008
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adjectif,
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jeudi, juillet 24, 2008
Lettre à un futur bachelier
Lumière sur les métiers du livre et de l’image
De nombreuses personnes, en l’occurence [1] les bacheliers [2], s’interrogent sur les options qu’ils vont prendre pour continuer leurs études. Je me suis moi-même posé ces questions. Ce qui me tient à cœur dans cet article, c’est de vous faire découvrir un secteur qui mérite vraiment votre attention et qui retiendra peut-être votre choix...
Les métiers de l’image et du livre sont malheureusement peu connus. Ce secteur offre pourtant des possibilités de carrière non négligeables. L’ensemble des métiers regroupés dans ce secteur se retrouve intimement lié dans une organisation que l’on nomme chaîne graphique.
En amont [3] de la chaîne se trouvent les métiers de la création (Formation en arts appliqués). Les créateurs travaillent en étroite collaboration avec le client afin de [4] mettre en forme une échauche [5] (Rough) de l’objet graphique (Livre, brochure, dépliant...) que le client souhaite compétence. Les créateurs doivent savoir manier les outils de retouche d’images, la photographie, le dessin à main levée, les règles typo et de mise en page. Une fois que le client a validé une maquette le second intervenant est le secteur prépresse. Le but de ce secteur est de transformer une maquette en un boulot [6] totalement imprimable. Dans ce secteur, un nombre assez impressionnant de métiers interviennent. Les techniciens connaissent parfaitement les procédés d’impression, les techniques de retouche d’image, de mise en page et les outils réalisent les souhaits du créateur à partir d’un briefe [7] et de la maquette.
D’autres métiers interviennent dans ce secteur, les relecteurs (Formation littéraire), les photographes (Bac pro et diplôme spécialisé)...
Une fois que la forme imprimante est prête, le travail passe au secteur impression. Un fabricant (Bac spécialisé: production graphique) met en place tous les éléments nécessaires à l’impression de l’ouvrage (Achat d’une prestation d’impression, choix des matières papier et encres et commande de l’ensemble des prestations). Au cours de l’impression, le fabricant est le garant de la qualité de l’ouvrage (Requiert beaucoup de technicité). C’est lui qui s’assure de la bonne marche de la production, dans certains cas de la création à la livraison et plus couramment du prépresse à la livraison.
Dans le domaine de l’impression et du façonnage, de nombreux métiers existent comme conducteur de machine d’impression (Bac professionnel), brocheur [8], façonnier...
Il y aurait tellement à dire. Je ne peux pas monopoliser votre temps sous risque de vous endormir. Je conclurai par vous dire que les métiers du livre et de l’image offrent à tous les niveaux (BAC pro ou BAC général) la possibilité de s’épanouir [9] et de s’éclater. Je le conseille d’autant plus à ceux qui ont une véritable sensibilité et à ceux à qui une remise en cause perpétuelle ne fait pas peur.
Notes:
[1] en l’occurrence – dans le cas présent;
[2] bachelier (n.m.) – titulaire du baccalauréat;
[3] en amont – au-dessus de; ≠ en aval;
[4] afin de – pour;
[5] ébauche (n.f.) – (fam.) briefe (voir aussi 7);
[6] boulot (n.m.) – (fam.) travail;
[7] briefe (n.m.) – croquis, esquisse, essai;
[8] brocheur (n.m.) – ouvrier dont le métier est de brocher des livres;
[9] (s’)épanouir (v.II) – se développer
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De nombreuses personnes, en l’occurence [1] les bacheliers [2], s’interrogent sur les options qu’ils vont prendre pour continuer leurs études. Je me suis moi-même posé ces questions. Ce qui me tient à cœur dans cet article, c’est de vous faire découvrir un secteur qui mérite vraiment votre attention et qui retiendra peut-être votre choix...
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En amont [3] de la chaîne se trouvent les métiers de la création (Formation en arts appliqués). Les créateurs travaillent en étroite collaboration avec le client afin de [4] mettre en forme une échauche [5] (Rough) de l’objet graphique (Livre, brochure, dépliant...) que le client souhaite compétence. Les créateurs doivent savoir manier les outils de retouche d’images, la photographie, le dessin à main levée, les règles typo et de mise en page. Une fois que le client a validé une maquette le second intervenant est le secteur prépresse. Le but de ce secteur est de transformer une maquette en un boulot [6] totalement imprimable. Dans ce secteur, un nombre assez impressionnant de métiers interviennent. Les techniciens connaissent parfaitement les procédés d’impression, les techniques de retouche d’image, de mise en page et les outils réalisent les souhaits du créateur à partir d’un briefe [7] et de la maquette.
D’autres métiers interviennent dans ce secteur, les relecteurs (Formation littéraire), les photographes (Bac pro et diplôme spécialisé)...
Une fois que la forme imprimante est prête, le travail passe au secteur impression. Un fabricant (Bac spécialisé: production graphique) met en place tous les éléments nécessaires à l’impression de l’ouvrage (Achat d’une prestation d’impression, choix des matières papier et encres et commande de l’ensemble des prestations). Au cours de l’impression, le fabricant est le garant de la qualité de l’ouvrage (Requiert beaucoup de technicité). C’est lui qui s’assure de la bonne marche de la production, dans certains cas de la création à la livraison et plus couramment du prépresse à la livraison.
Dans le domaine de l’impression et du façonnage, de nombreux métiers existent comme conducteur de machine d’impression (Bac professionnel), brocheur [8], façonnier...
Il y aurait tellement à dire. Je ne peux pas monopoliser votre temps sous risque de vous endormir. Je conclurai par vous dire que les métiers du livre et de l’image offrent à tous les niveaux (BAC pro ou BAC général) la possibilité de s’épanouir [9] et de s’éclater. Je le conseille d’autant plus à ceux qui ont une véritable sensibilité et à ceux à qui une remise en cause perpétuelle ne fait pas peur.
Notes:
[1] en l’occurrence – dans le cas présent;
[2] bachelier (n.m.) – titulaire du baccalauréat;
[3] en amont – au-dessus de; ≠ en aval;
[4] afin de – pour;
[5] ébauche (n.f.) – (fam.) briefe (voir aussi 7);
[6] boulot (n.m.) – (fam.) travail;
[7] briefe (n.m.) – croquis, esquisse, essai;
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dimanche, juillet 13, 2008
Les professionnels
Une grande dame du journalisme français
Du journalisme, Françoise Giroud disait: « C’est là où bat le cœur du monde. » Martine de Rabaudy, qui avait signé en 2001 avec elle un livre intitulé Profession journalisme, raconte ici l’itinéraire d’une passionnée.
La passion pour le journalisme, elle la doit, au départ, plus aux circonstances qu’à une détermination: « Je venais du cinéma, où j’avais été script-girl, puis assistante et dialoguiste de Jean Renoir. J’écrivais alors de petits contes pour gagner ma vie. Je les ai présentés à Hervé Mille, le directeur de la rédaction de Paris Soir qui m’a engagée pour rédiger des articles sur le milieu du spectacle. »
Mais c’est avec Hélène Lazareff, fondatrice de Elle qu’elle va trouver sa voie. Nommée rédactrice en chef, son style, son ton, ses convictions vont transformer la conscience des lectrices du magazine. A Elle, Françoise Giroud engage son premier combat pour les femmes, qui devient plus tard, dès 1974, la définition même de sa mission de secrétaire d’Etat à la Condition féminine auprès de Valéry Giscard d’Estaing.
Sa rencontre avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, journaliste de politique étrangère au Monde et à Paris-Presse le fait quitter Elle. Le 16 mai 1953 paraissait le premier numéro de L’Express. Quand Servan-Schreiber est rappelé sous les drapeaux, le journal est laissé aux seules mains d’une femme. Giroud fait preuve de ténacité et professionnalisme. Vingt années, de 1953 à 1974, Françoise Giroud sera l’exemple unique dans la presse d’une femme à la tête d’un newsmagazine. Patronne exceptionnelle, aux dires de ceux à qui elle a enseigné le métier. Elle aimait à préciser: « On ne dirige pas les journalistes, il s’agit de les stimuler, de leur inspirer confiance. On leur transmet ce que l’on sait. L’écriture ne s’apprend pas, elle se travaille. »
En 1977, elle quitte le journal qu’elle a créé et dirigé plus de vingt ans, L’Express, pour se dédier à l’écriture romanesque. Elle publie un récit lucide et cruel, La Comédie du pouvoir, qui rencontre le succès et un nouveau public, qui ne la quittera plus. Vingt livres suivront: biographies, mémoires, romans (Ce que je crois, Le bon plaisir, Les taches du léopard).
Ecrire des livres à succès n’avait pour autant jamais compensé la souffrance de ne plus érire régulièrement dans un journal. C’est pourquoi, quand en 1982 Jean Daniel lui propose la rubrique télévision du Nouvel Observateur, elle accepte avec bonheur. Cette rubrique lui permettait de commenter l’actualité politique, sociale et internationale. Elle avait fait sienne cette phrase de son très cher Paul Valéry: « J’ai beau faire, tout m’intéresse. »
J’ignorais qu’elle avait 86 ans. J’aimais sa vivacité et la hauteur de son esprit. Ce qu’elle a été pour nous? De l’intelligence, du courage, du style, mais aussi de l’élégance.
(d’après Le Nouvel Observateur)
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La passion pour le journalisme, elle la doit, au départ, plus aux circonstances qu’à une détermination: « Je venais du cinéma, où j’avais été script-girl, puis assistante et dialoguiste de Jean Renoir. J’écrivais alors de petits contes pour gagner ma vie. Je les ai présentés à Hervé Mille, le directeur de la rédaction de Paris Soir qui m’a engagée pour rédiger des articles sur le milieu du spectacle. »
Mais c’est avec Hélène Lazareff, fondatrice de Elle qu’elle va trouver sa voie. Nommée rédactrice en chef, son style, son ton, ses convictions vont transformer la conscience des lectrices du magazine. A Elle, Françoise Giroud engage son premier combat pour les femmes, qui devient plus tard, dès 1974, la définition même de sa mission de secrétaire d’Etat à la Condition féminine auprès de Valéry Giscard d’Estaing.
Sa rencontre avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, journaliste de politique étrangère au Monde et à Paris-Presse le fait quitter Elle. Le 16 mai 1953 paraissait le premier numéro de L’Express. Quand Servan-Schreiber est rappelé sous les drapeaux, le journal est laissé aux seules mains d’une femme. Giroud fait preuve de ténacité et professionnalisme. Vingt années, de 1953 à 1974, Françoise Giroud sera l’exemple unique dans la presse d’une femme à la tête d’un newsmagazine. Patronne exceptionnelle, aux dires de ceux à qui elle a enseigné le métier. Elle aimait à préciser: « On ne dirige pas les journalistes, il s’agit de les stimuler, de leur inspirer confiance. On leur transmet ce que l’on sait. L’écriture ne s’apprend pas, elle se travaille. »
En 1977, elle quitte le journal qu’elle a créé et dirigé plus de vingt ans, L’Express, pour se dédier à l’écriture romanesque. Elle publie un récit lucide et cruel, La Comédie du pouvoir, qui rencontre le succès et un nouveau public, qui ne la quittera plus. Vingt livres suivront: biographies, mémoires, romans (Ce que je crois, Le bon plaisir, Les taches du léopard).
Ecrire des livres à succès n’avait pour autant jamais compensé la souffrance de ne plus érire régulièrement dans un journal. C’est pourquoi, quand en 1982 Jean Daniel lui propose la rubrique télévision du Nouvel Observateur, elle accepte avec bonheur. Cette rubrique lui permettait de commenter l’actualité politique, sociale et internationale. Elle avait fait sienne cette phrase de son très cher Paul Valéry: « J’ai beau faire, tout m’intéresse. »
J’ignorais qu’elle avait 86 ans. J’aimais sa vivacité et la hauteur de son esprit. Ce qu’elle a été pour nous? De l’intelligence, du courage, du style, mais aussi de l’élégance.
(d’après Le Nouvel Observateur)
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Apprendre la mode
L’expression école de mode paraît claire, mais englobe pourtant différents styles d’enseignement. La formation « de mode » a en effet la particularité de mêler création et technique, deux pôles qui ne sont pas indissociables. La base de la technique doit bien sûr être acquise, mais il n’est pas nécessaire d’être un couturier émérite pour faire une belle carrière dans la mode. Comme il n’est pas indispensable de savoir dessiner pour coudre parfaitement...
La plupart des cursus proposent des formations de stylisme et de modélisme (en privilégiant plus ou moins l’un ou l’autre domaine). Le stylisme est la création du vêtement et de l’accessoire et le modélisme la traduction fidèle des deux dimensions du dessin aux trois dimensions du prototype.
Plusieurs connaissances sont alors nécessaires, du patronage à la coupe et à la couture. Si la première formation attire beaucoup de jeunes par son côté artistique et le rêve qu’il procure (mettre son nom sur une étiquette...), peu sont très charmés par la dimension technique de la deuxième. En effet, le côté glamour des défilés entrevus à la télé cache largement la réalité du métier qui demande talent, passion, persévérance et nécessite un amour du travail bien fait, une patience et un sens du détail sans cesse en éveil. Comme tant d’autres disciplines dites manuelles, les métiers de la couture n’ont pas énormément de succès.
Un diplôme a plus de valeur pour ce qu’on a appris de la personnalité qui l’accompagne, qu’en tant que garantie d’emploi. Même s’il sert, dans certains cas, de sésame pour entrer dans les grandes maisons. Si vous avez envie de vous lancer dans l’aventure, vous pourrez aussi bien ouvrir une boutique dans votre quartier et développer une clientèle sur mesure que vous lancer à l’assaut des maisons de couture étrangères, ou encore vous faire engager dans une société commerciale, créer votre label et le vendre aux quatre coins du monde. Comme coudre des vêtements de poupée pour les petites filles...
Etre créateur de mode, c’est un peu comme être musicien: quand on connaît la musique, on peut aussi bien jouer le samedi soir à la maison, dans une fanfare de village que dans un orchestre symphonique, graver son album à la maison ou signer avec une grande maison de disque, préférer les Francofolies au Palais des Beaux-Arts ou partir tenter l’aventure à Paris ou à New-York...
(d’après Véronique Heene, « Apprendre la mode », Wallonie/Bruxelles no 87, septembre 2004)
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La plupart des cursus proposent des formations de stylisme et de modélisme (en privilégiant plus ou moins l’un ou l’autre domaine). Le stylisme est la création du vêtement et de l’accessoire et le modélisme la traduction fidèle des deux dimensions du dessin aux trois dimensions du prototype.
Plusieurs connaissances sont alors nécessaires, du patronage à la coupe et à la couture. Si la première formation attire beaucoup de jeunes par son côté artistique et le rêve qu’il procure (mettre son nom sur une étiquette...), peu sont très charmés par la dimension technique de la deuxième. En effet, le côté glamour des défilés entrevus à la télé cache largement la réalité du métier qui demande talent, passion, persévérance et nécessite un amour du travail bien fait, une patience et un sens du détail sans cesse en éveil. Comme tant d’autres disciplines dites manuelles, les métiers de la couture n’ont pas énormément de succès.
Un diplôme a plus de valeur pour ce qu’on a appris de la personnalité qui l’accompagne, qu’en tant que garantie d’emploi. Même s’il sert, dans certains cas, de sésame pour entrer dans les grandes maisons. Si vous avez envie de vous lancer dans l’aventure, vous pourrez aussi bien ouvrir une boutique dans votre quartier et développer une clientèle sur mesure que vous lancer à l’assaut des maisons de couture étrangères, ou encore vous faire engager dans une société commerciale, créer votre label et le vendre aux quatre coins du monde. Comme coudre des vêtements de poupée pour les petites filles...
Etre créateur de mode, c’est un peu comme être musicien: quand on connaît la musique, on peut aussi bien jouer le samedi soir à la maison, dans une fanfare de village que dans un orchestre symphonique, graver son album à la maison ou signer avec une grande maison de disque, préférer les Francofolies au Palais des Beaux-Arts ou partir tenter l’aventure à Paris ou à New-York...
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Lettre à une élève
Votre lettre m’a effrayée. Si vous persistez à avoir pour principal objectif de connaître toutes les sensations possibles – car, comme état d’esprit passager, c’est normal à votre âge – vous n’irez pas loin. J’aimais bien mieux quand vous disiez aspirer à prendre contact avec la vie réelle. Vous croyez peut-être que c’est la même chose; en fait, c’est juste le contraire. Il y a des gens qui n’ont vécu que de sensations et pour les sensations; André Gide [1] en est un exemple. Ils sont en réalité les dupes de la vie, et, comme ils le sentent confusément, ils tombent toujours dans une profonde tristesse où il ne leur reste d’autre ressource que de s’étourdir en se mettant misérablement à eux-mêmes. Car la réalité de la vie, ce n’est pas la sensation, c’est l’activité, j’entends l’activité et dans la pensée et dans l’action. Ceux qui vivent de sensations ne sont, matériellement et moralement, que des parasites par rapport aux hommes travailleurs et créateurs, qui seuls sont des hommes. J’ajoute que ces derniers, qui ne recherchent pas les sensations, en reçoivent néanmoins de bien plus vives, plus profondes, moins artificielles et plus vraies que ceux qui les recherchent. Enfin la recherche de la sensation implique un égoïsme qui me fait horreur, en ce qui me concerne. Elle n’empêche évidemment pas d’aimer, mais elle amène à considérer les êtres aimés comme de simples occasions de jouir ou de souffrir, et à oublier complètement qu’ils existent par eux-mêmes. On vit au milieu des fantômes. On rêve au lieu de vivre.
En ce qui concerne l’amour, je n’ai pas de conseils à vous donner, mais au moins des avertissements. L’amour est quelque chose de grave où l’on risque souvent d’engager à jamais et sa propre vie et celle d’un autre être humain. On le risque même toujours, à moins que l’un des deux ne fasse de l’autre son jouet; mais en ce dernier cas, qui est fort fréquent, l’amour est quelque chose d’odieux. Voyez-vous, l’essentiel de l’amour, cela consiste en somme en ceci qu’un être humain se trouve avoir un besoin vital d’un autre être, besoin réciproque ou non, durable ou non, selon le cas. Dès lors le problème est de concilier un pareil besoin avec la liberté, et les hommes se sont débattus dans ce problème depuis des temps immémoriaux. C’est pourquoi l’idée de rechercher l’amour pour voir ce que c’est, pour mettre un peu d’animation dans une vie trop morne, me paraît dangereuse et surtout puérile. Je peux vous dire que quand j’avais votre âge, et plus tard aussi, et que la pensée de chercher à connaître l’amour m’est venue, je l’ai écartée en me disant qu’il valait mieux pour moi ne pas risquer d’engager toute ma vie dans un sens impossible à prévoir avant d’avoir atteint un degré de maturité qui me permette de savoir au juste ce que je demande en général à la vie, ce que j’attends d’elle. Je ne vous donne pas cela comme un exemple; chaque vie se déroule selon ses propres lois. Mais vous pouvez y trouver matière à réflexion. J’ajoute que l’amour me paraît comporter un risque plus effrayant encore que celui d’engager plus aveuglément sa propre existence; c’est le risque de devenir l’arbitre d’une autre existence humaine, au cas où on est profondément aimé. Ma conclusion (que je vous donne seulement à titre d’indication) n’est pas qu’il faut fuir l’amour, mais qu’il ne faut pas le rechercher, et surtout quand on est très jeune. Il vaut bien mieux alors ne pas le rencontrer, je crois.
(d’après Simone Veil, La condition ouvrière (XXe)
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En ce qui concerne l’amour, je n’ai pas de conseils à vous donner, mais au moins des avertissements. L’amour est quelque chose de grave où l’on risque souvent d’engager à jamais et sa propre vie et celle d’un autre être humain. On le risque même toujours, à moins que l’un des deux ne fasse de l’autre son jouet; mais en ce dernier cas, qui est fort fréquent, l’amour est quelque chose d’odieux. Voyez-vous, l’essentiel de l’amour, cela consiste en somme en ceci qu’un être humain se trouve avoir un besoin vital d’un autre être, besoin réciproque ou non, durable ou non, selon le cas. Dès lors le problème est de concilier un pareil besoin avec la liberté, et les hommes se sont débattus dans ce problème depuis des temps immémoriaux. C’est pourquoi l’idée de rechercher l’amour pour voir ce que c’est, pour mettre un peu d’animation dans une vie trop morne, me paraît dangereuse et surtout puérile. Je peux vous dire que quand j’avais votre âge, et plus tard aussi, et que la pensée de chercher à connaître l’amour m’est venue, je l’ai écartée en me disant qu’il valait mieux pour moi ne pas risquer d’engager toute ma vie dans un sens impossible à prévoir avant d’avoir atteint un degré de maturité qui me permette de savoir au juste ce que je demande en général à la vie, ce que j’attends d’elle. Je ne vous donne pas cela comme un exemple; chaque vie se déroule selon ses propres lois. Mais vous pouvez y trouver matière à réflexion. J’ajoute que l’amour me paraît comporter un risque plus effrayant encore que celui d’engager plus aveuglément sa propre existence; c’est le risque de devenir l’arbitre d’une autre existence humaine, au cas où on est profondément aimé. Ma conclusion (que je vous donne seulement à titre d’indication) n’est pas qu’il faut fuir l’amour, mais qu’il ne faut pas le rechercher, et surtout quand on est très jeune. Il vaut bien mieux alors ne pas le rencontrer, je crois.
(d’après Simone Veil, La condition ouvrière (XXe)
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Génération vidéophone
Avec le visiophone, téléphoner devient une affaire d’image
Les scènes de dialogues ordinaires autour du visiophone: « Allô, tu vas bien? » - « Oui, regarde comme j’ai bonne mine! » Variante pessimiste: « Allô? Dis donc t’en tires une drôle de tête, aujourd’hui! » A peine imaginaires, ces échanges révèlent un véritable changement dans notre rapport au téléphone. La voix, matière première de nos conversations téléphoniques, s’enrichit désormais de l’image.
Cela n’a l’air de rien. Après tout, ceux qui ont une web-cam peuvent depuis longtemps, grâce à la voix sur IP [1], parler tout en étant vu et en regardant leur interlocuteur. Avec tous les bénéfices que l’on peut imaginer: pallier l’éloignement d’un proche grâce à l’image, montrer des documents... Pour la grande majorité des abonnés au téléphone, l’arrivée de la vidéo dans l’univers de la téléphonie fixe s’apparente à une petite révolution. « L’idée n’est pas nouvelles, mais aujourd’hui les technologies pour le faire sont mûres », explique Denis Guibard, directeur du programme « videophony » ches France Télécom, premier opérateur français à proposer la visiophonie.
Le service « Ma ligne visio » fonctionne avec l’ADSL [2]. A la différence de l’Internet rapide, le débit de 512 Kb est ici partagé en deux, afin d’offrir en entrée et en sortie un débit de 256 Kb, gage d’une bonne qualité d’image pour les deux visionautes.
Nul besoin d’être abonné à Internet pour bénéficier du service. La visiophonie fonctionne comme une deuxième ligne téléphonique avec un numéro spécifique (préfixe 087). « 76% de nos lignes sont éligibles pour la visiophonie », précise France Télécom. Pour ceux qui ont déjà un abonnement au Web à haut débit, il est en revanche nécessaire d’être client de Wanadoo pour bénéficier du service.
Deux modèles de visiophone sont disponibles. Le L8772, très classique, et notre préféré, le L8882, au design beaucoup plus tendance. Quitte à adopter un service nouveau, autant que l’objet qui va avec puisse épater le visiteur, non?
Sur ce modèle, le socle accueille les touches de numérotation. L’écran, surmonté de la caméra, pivote comme le clapet d’une console de jeux double écran. Le combiné se branche sur le côté. Bien que le visiophone soit doté d’une fonction « mains libres », le combiné reste très utile pour discuter discrètement sans que toute la maisonnée soit au courant.
Sa présence rappelle aussi que « le visiophone est avant tout un téléphone », souligne Denis Guibard. De fait, on peut l’utiliser pour appeler indifféremment un poste fixe, un mobile et, bien entendu, un autre visiophone. Que ceux qui ont expérimenté la visiophonie sur mobile UMTS [3] se rassurent: les images transmises par le visiophone sont d’une grande fluidité, même en mode plein écrain. Et pas besoin de se coller au viseur de la caméra. L’angle de prise de vue autorise un recul suffisant pour se tenir à plusieurs dizaines de centimètres de l’objectif.
Par ailleurs, chaque utilisateur est libre d’accepter ou non la visiophonie. Une touche permet de couper à tout instant le flux vidéo. Une arme à double tranchant. Car refuser que l’autre vous voie signifie forcément quelque chose et risque d’alimenter la curiosité de votre interlocuteur. Voilà un nouveau champ d’investigation très intéressant qui s’ouvre pour les sciences cognitives et la sociologie!
Le visiophone permet aussi de laisser des messages vidéo. Ils sont consultables à partir d’un portable Orange – en attendant des accords avec SFR [4] – ou d’un ordinateur avec Wanadoo visio.
Relié à un appareil photo numérique, le visiophone se fait également diffuseur d’images externes. Et comme l’opérateur historique n’oublie pas qu’il a un jour inventé le Minitel, des services de contenus vidéo à la demande (météo, infos...) sont accessibles avec une tarification spéciale.
(d’après Guillaume Fraissard, Le Monde)
Notes:
[1] IP – Internet Protocol Address
[2] ADSL – Asymmetric Digital Subscriber Line (Ligne d’abonné numérique à débit asymetrique)
[3] UMTS – Universal Mobile Telecommunications System (Système numérique de téléphonie mobile)
[4] SFR – Société Française de Radiotéléphonie.
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Encore!
Les scènes de dialogues ordinaires autour du visiophone: « Allô, tu vas bien? » - « Oui, regarde comme j’ai bonne mine! » Variante pessimiste: « Allô? Dis donc t’en tires une drôle de tête, aujourd’hui! » A peine imaginaires, ces échanges révèlent un véritable changement dans notre rapport au téléphone. La voix, matière première de nos conversations téléphoniques, s’enrichit désormais de l’image.
Cela n’a l’air de rien. Après tout, ceux qui ont une web-cam peuvent depuis longtemps, grâce à la voix sur IP [1], parler tout en étant vu et en regardant leur interlocuteur. Avec tous les bénéfices que l’on peut imaginer: pallier l’éloignement d’un proche grâce à l’image, montrer des documents... Pour la grande majorité des abonnés au téléphone, l’arrivée de la vidéo dans l’univers de la téléphonie fixe s’apparente à une petite révolution. « L’idée n’est pas nouvelles, mais aujourd’hui les technologies pour le faire sont mûres », explique Denis Guibard, directeur du programme « videophony » ches France Télécom, premier opérateur français à proposer la visiophonie.
Le service « Ma ligne visio » fonctionne avec l’ADSL [2]. A la différence de l’Internet rapide, le débit de 512 Kb est ici partagé en deux, afin d’offrir en entrée et en sortie un débit de 256 Kb, gage d’une bonne qualité d’image pour les deux visionautes.
Nul besoin d’être abonné à Internet pour bénéficier du service. La visiophonie fonctionne comme une deuxième ligne téléphonique avec un numéro spécifique (préfixe 087). « 76% de nos lignes sont éligibles pour la visiophonie », précise France Télécom. Pour ceux qui ont déjà un abonnement au Web à haut débit, il est en revanche nécessaire d’être client de Wanadoo pour bénéficier du service.
Deux modèles de visiophone sont disponibles. Le L8772, très classique, et notre préféré, le L8882, au design beaucoup plus tendance. Quitte à adopter un service nouveau, autant que l’objet qui va avec puisse épater le visiteur, non?
Sur ce modèle, le socle accueille les touches de numérotation. L’écran, surmonté de la caméra, pivote comme le clapet d’une console de jeux double écran. Le combiné se branche sur le côté. Bien que le visiophone soit doté d’une fonction « mains libres », le combiné reste très utile pour discuter discrètement sans que toute la maisonnée soit au courant.
Sa présence rappelle aussi que « le visiophone est avant tout un téléphone », souligne Denis Guibard. De fait, on peut l’utiliser pour appeler indifféremment un poste fixe, un mobile et, bien entendu, un autre visiophone. Que ceux qui ont expérimenté la visiophonie sur mobile UMTS [3] se rassurent: les images transmises par le visiophone sont d’une grande fluidité, même en mode plein écrain. Et pas besoin de se coller au viseur de la caméra. L’angle de prise de vue autorise un recul suffisant pour se tenir à plusieurs dizaines de centimètres de l’objectif.
Par ailleurs, chaque utilisateur est libre d’accepter ou non la visiophonie. Une touche permet de couper à tout instant le flux vidéo. Une arme à double tranchant. Car refuser que l’autre vous voie signifie forcément quelque chose et risque d’alimenter la curiosité de votre interlocuteur. Voilà un nouveau champ d’investigation très intéressant qui s’ouvre pour les sciences cognitives et la sociologie!
Le visiophone permet aussi de laisser des messages vidéo. Ils sont consultables à partir d’un portable Orange – en attendant des accords avec SFR [4] – ou d’un ordinateur avec Wanadoo visio.
Relié à un appareil photo numérique, le visiophone se fait également diffuseur d’images externes. Et comme l’opérateur historique n’oublie pas qu’il a un jour inventé le Minitel, des services de contenus vidéo à la demande (météo, infos...) sont accessibles avec une tarification spéciale.
(d’après Guillaume Fraissard, Le Monde)
Notes:
[1] IP – Internet Protocol Address
[2] ADSL – Asymmetric Digital Subscriber Line (Ligne d’abonné numérique à débit asymetrique)
[3] UMTS – Universal Mobile Telecommunications System (Système numérique de téléphonie mobile)
[4] SFR – Société Française de Radiotéléphonie.
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Publié par:
Radu Iliescu
le
dimanche, juillet 13, 2008
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Libellés
Humanitas L1 clasa XI,
lecture didactique
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mercredi, juillet 09, 2008
L’amitié
Dans le jeune homme, deux instincts se combattent comme chez les oiseaux: c’est celui de vivre en bande et celui de s’isoler avec sa petite oiselle. Mais le goût de la camaraderie est longtemps le plus fort. Pour les jeunes gens, demeurer seul dans une chambre, c’est justement la seule épreuve qui leur paraisse insupportable; ainsi les voyez-vous s’attendre, s’appeler, s’abattre sur les bancs du Luxembourgs comme des pierrots, s’entasser dans les brasseries ou dans les bars. Ils n’ont pas encore de vie individuelle; ce sont ceux qui ont dû inventer l’expression « se sentir les coudes ». La vie collective en eux circule par les coudes. Comme la vie des moineaux en pépiements, celle des jeunes hommes se passe en conversations. [...]
La camaraderie mène à l’amitié: deux garçons découvrent entre eux une ressemblance: « Moi aussi... C’est comme moi... » tels sont les mots qui d’abord les lient. Voilà leur semblable enfin, avec qui s’entendre à demi-mot. Sensibilités accordées! Les mêmes choses les blessent et les mêmes les enchantent. Mais c’est aussi par leur différences qu’ils s’accordent: chacun admire dans son ami la vertu dont il souffrait d’être privé.
Peut-être ont-ils aimé déjà; mais que l’amitié les change de l’amour! Peut-être l’amour n’a-t-il rien pu contre leur solitude ou s’étaient-ils trouvés seuls en face d’un être mystérieux, indéchiffrable, d’un autre sexe – c’est-à-dire d’une autre planète. Car il arrive que la complice la plus chère ne parle pas notre langue et mette l’infini là où nous ne voyons que bagatelles. En revanche, rien de ce qui compte pour nous ne lui importe et notre logique lui demeure incompréhensible. La personne aimée est quelquefois un adversaire hors de notre portée, incontrôlable. C’est pourquoi l’amour se confond avec jalousie: qu’il est redoutable, l’être dont toutes les démarches nous surprennent et sont pour nous imprévisibles! De cette angoisse, Proust a composé son œuvre.
Dans l’amitié véritable, tout est clair, tout est paisible; les paroles ont un même sens pour les deux amis. Chacun sait ce que signifie respect de la parole donnée, discrétion, honneur, pudeur. Le plus intelligent rend ses idées familières au plus sensible; et le plus sensible lui ouvre l’univers de ses songes. Le bilan d’une amitié, c’est presque toujours des livres, une musique, une philosophie que nous n’eussions pas été capables d’aimer seuls. Chacun apporte à l’autre ses richesses. Faites cette expérience: évoquez les visages de votre entourage, interrogez chaque amitié: aucune qui ne représente une acquisition. Celui-là m’a prêté un bon livre, cet autre m’a aidé à déchiffrer la musique classique, avec celui-là, je fus à une exposition d’art... et mes yeux s’ouvrirent comme ceux de l’aveugle-né.
Mais les jeunes hommes sont redevables les uns aux autres d’acquisitions plus précieuses: le souci de servir une cause, et cela est particulier à la jeunesse dès qu’elle se groupe! Tous les mouvements sociaux, politiques, religieux ont marqué notre époque dans la mesure où ils ont été des « amitiés ». Dès qu’ils ne sont plus des amitiés, c’est le signe que la jeunesse s’en retire; alors ils deviennent des « partis »: une association d’intérêts; l’homme mûr y remplace le jeune homme. Nos jeunes amours ne nous ont-elles aussi enrichis et instruits? N’empêche que l’héritage de nos amours est plus trouble que celui de nos amitiés.
(d’après François Mauriac, Le Jeune homme)
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La camaraderie mène à l’amitié: deux garçons découvrent entre eux une ressemblance: « Moi aussi... C’est comme moi... » tels sont les mots qui d’abord les lient. Voilà leur semblable enfin, avec qui s’entendre à demi-mot. Sensibilités accordées! Les mêmes choses les blessent et les mêmes les enchantent. Mais c’est aussi par leur différences qu’ils s’accordent: chacun admire dans son ami la vertu dont il souffrait d’être privé.
Peut-être ont-ils aimé déjà; mais que l’amitié les change de l’amour! Peut-être l’amour n’a-t-il rien pu contre leur solitude ou s’étaient-ils trouvés seuls en face d’un être mystérieux, indéchiffrable, d’un autre sexe – c’est-à-dire d’une autre planète. Car il arrive que la complice la plus chère ne parle pas notre langue et mette l’infini là où nous ne voyons que bagatelles. En revanche, rien de ce qui compte pour nous ne lui importe et notre logique lui demeure incompréhensible. La personne aimée est quelquefois un adversaire hors de notre portée, incontrôlable. C’est pourquoi l’amour se confond avec jalousie: qu’il est redoutable, l’être dont toutes les démarches nous surprennent et sont pour nous imprévisibles! De cette angoisse, Proust a composé son œuvre.
Dans l’amitié véritable, tout est clair, tout est paisible; les paroles ont un même sens pour les deux amis. Chacun sait ce que signifie respect de la parole donnée, discrétion, honneur, pudeur. Le plus intelligent rend ses idées familières au plus sensible; et le plus sensible lui ouvre l’univers de ses songes. Le bilan d’une amitié, c’est presque toujours des livres, une musique, une philosophie que nous n’eussions pas été capables d’aimer seuls. Chacun apporte à l’autre ses richesses. Faites cette expérience: évoquez les visages de votre entourage, interrogez chaque amitié: aucune qui ne représente une acquisition. Celui-là m’a prêté un bon livre, cet autre m’a aidé à déchiffrer la musique classique, avec celui-là, je fus à une exposition d’art... et mes yeux s’ouvrirent comme ceux de l’aveugle-né.
Mais les jeunes hommes sont redevables les uns aux autres d’acquisitions plus précieuses: le souci de servir une cause, et cela est particulier à la jeunesse dès qu’elle se groupe! Tous les mouvements sociaux, politiques, religieux ont marqué notre époque dans la mesure où ils ont été des « amitiés ». Dès qu’ils ne sont plus des amitiés, c’est le signe que la jeunesse s’en retire; alors ils deviennent des « partis »: une association d’intérêts; l’homme mûr y remplace le jeune homme. Nos jeunes amours ne nous ont-elles aussi enrichis et instruits? N’empêche que l’héritage de nos amours est plus trouble que celui de nos amitiés.
(d’après François Mauriac, Le Jeune homme)
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Publié par:
Radu Iliescu
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mercredi, juillet 09, 2008
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