mercredi, septembre 13, 2006

Louky Bersianik, Le Pique-nique sur l’Acropole (notes de lecture)





Paru chez l’Hexagone, 1992.

Exergue de la préface: “… notre force présente vient paradoxalement de ce gigantesque trou de mémoire historique qui nous a faites longtemps invisibles et nous fait aujourd’hui terriblement vivantes. C’est-à-dire que notre émergence au lieu même de notre invisibilité est terrifiante. C’EST-À-DIRE QUE D’AVOIR ÉTÉ INVISIBLES SI LONGTEMPS NOUS DONNE UNE TAILLE DÉMESURÉE. C’est-à-dire que de voir bouger des statues géantes, de voir des Caryatides se mettre en mouvement en laissant s’effondrer les temples du patriarcat, c’est voir plus de VIE qu’on en ait jamais vu DE MÉMOIRE D’HOMME.” (Les agénésies du vieux monde, Louky Bersianik)

Dédicaces:
♥ à Françoise d’Eaubonne;
♥ à Luce Irigaray;
♥ à ma mère;
♥ à ses sept filles;
♥ aux femmes futures et du passé;
♥ aux femmes présentes et du présent.

Moto 1 de l’ouvrage: “La femme serait le support, l’espace d’inscription des représentants de l’inconscient «masculin». De «l’inconscient» du développement historique (de la sexualité). Pour elle, cette économie ne pourrait valoir que comme «préhistoire». Et si sa sexualité venait, un jour à être «reconnue», entrait dans «l’Histoire», celle-ci déjà n’aurait plus simplement lieu.” (Luce Irigaray)

Moto 2 de l’ouvrage: “Si le grand renversement du patriarcat n’est pas effectué, et très vite, c’est la fin de notre espèce.” (Françoise d’Eaubonne)

Avertissement: “Ami lecteur au masculin, ne soit pas offusqué si tu ne figures pas comme convive à notre pique-nique. Quand nous avons voulu t’inviter tu étais introuvable. Puis, nous avons appris que tu t’étais rendu au banquet de Platon. Bien que ce petit souper historique dût être terminé depuis longtemps, à l’aube de ce jour il dure encore! Avec un tel entraînement, nul doute que tu prendras avec philosophie ton absence sur les lieux de nos propres agapes.

Si quelque propos rapporté ici écorche tes oreilles platoniciennes, il faudra te convaincre qu’il ne peut s’agir là que d’une «blessure symbolique». Chose à laquelle on nous a bien habituées et qui ne nous a jamais fait mourir… Sauf innombrables et négligeables exceptions
.” (p. 22)

Exergue en majuscules: “Le pouvoir patriarcal repose sur l’interdit du corps maternel sur la supercherie symbolique de la paternité et sur la clitoridectomie réelle et psychologique” – intéressante l’utilisation du mot “réel”: devrions-nous comprendre que les seules choses réelles sont celles matérielles? Que les choses psychologiques sont irréelles?

Prélude. En (La) mineur(e) sur l’écriture

1. Le Chant des Statues Vives

Onirique? Langage laconique. Support pour d’autres.” (p. 27)

“Ecrire est une expression corporelle.” (p. 28)

IPHIGÉNIE “tuée par son père non par hasard au hasard des pages: «Père, père!» mais il est sourd” (p. 28)

CLYTEMNESTRE “tuée par son fils non par accident: «Ma mère cette étrangère».” (p. 28)

XANTHIPPE “a épousé le philosophe de la vérité, la pauvre cloche: «Qu’on l’emmène à la maison!»” (p. 28)

Picturalité de l’écriture (étonnament matérialiste, d’ailleurs): “L’agrégat des mots s’obtient donc par le mouvement de rupture du plan horizontal pour une ascension dans l’espace suivant une courbe géométrique extrêmement variée si l’on tient compte des accents, des barres, des points et des pointillés, exemple: les points de suspension qui ne suspendent absolument rien et qui ne sont que trois petits sauts en hauteur. Interruption de la course en faveur du saut plus prononcé, suspension relative: le coureur est suspendu à son propre souffle et produit l’espace blanc de la page. Solution de continuité donc. Elasticité du blanc après l’épreuve de la page blanc.” (p. 30)

Allusion aux amazones: “A la réflexion aussi, les seins ne gênent pas pour écrire. Je garderai donc mon sein droit.” (p. 32)

Blanc sur noir: “La mythologie peut être considérée comme la psychologie de l’histoire moderne.” (Phyllis Chesler) – (p. 34)

2. Les bouches d’aération

Tout est extrêmement matériel, charnel, anatomique: “Mon corps écrit comme un phagocute, pour se régénérer et par besoin de mots et d’un minimum d’exercice physique. Il a des histoires de femmes au fond du thorax, quelques-unes sont accrochées au sternum ou encore pendent de l’une ou l’autre des douze paires de côtes ou encore sont restées en travers du diaphragme, ce qui amène des difficultés respiratoires.” (p. 35)

Pneuma est réduite à la “ventilation pulmonaire” (p. 35)

Elle oppose à la philosophie de la vérité (d’essence masculine) une psychanalyse de la vérité (d’essence féminine).

Orthographe: «prosti-tuée».

Première farce écrite ce jour-là par Ancyl et intitulée un insecte en éprouvette: “Un jour dans une éprouvette une femme nommée Femme fabriquerait un insecte à mille pattes diverses et intersections. Ou encore: un jour une femme nommée Femme fabriquerait dans une éprouvette un oiseau à la cage thoracique et à l’échine transparentes. Ou encore: une femme nommée Femme fabriquerait un jour un poisson transparent. Il y a encore une zone noire sur la tête et l’échine. Quelqu’un passant par là pour s’amuser ajoute du noir liquide dans l’éprouvette et l’être en formation meurt aussitôt.” (p. 40)

Toujours l’appel à la psychanalyse (à croire que la littérature en devient une discipline psychanalytique): “La littérature qui était un art est devenue une science et la psychanalyse qui était une science est devenue un art. L’une et l’autre maintenant sont pratiquées par des calembourgeois qui assassinent les gens avec la fiente de leur esprit.” (p. 42-43)

Rhétorique chargée, non-sens: “Désir sidéré devenu indésirable, délire délié du lire tragique, déjoué de sa face ludique, moqué. Le plaisir s’en ressent. (Ressentiment). Ni apaisé, ni livré, ni délivré, ni pressenti, ni livre enfin! Quelle calembourgeoise je fais, pauvre de moi d’autre Ancyl! Dansant le tango du langage et quel tangage!” (p. 43)

Blanc sur noir: “On fait croire qu’elle n’existe pas. (Et elle se met entre parenthèses).” (p. 44)

Premier concerto. Le pique-nique

Moto: “En apparence, Socrate est amoureux de beaux garçons et tourne sans cesse autour d’eux avec des yeux ravis […]

C’est toujours ainsi, dit Alcibiade: quand Socrate est là, il est impossible à tout autre d’approcher des beaux garçons. Voyez à présent encore comme il a trouvé facilement une raison plausible de faire asseoir celui-ci près de lui!

3. La femme du Philosophe

Xanthippe est une personne consciencieuse. Elle travaille à remplacer dans tous les livres le mot HOMME par les motd ANTHROPE ou ANDRE selon le cas. Ou mieux (suggestion d’Ancyl), par HOMO ou par VIR, suivant qu’il s’agit d’un être humain ou d’un mâle de l’espèce. C’est parce qu’elle a le sens de la mesure, de l’équité, et aussi de la décence, qu’elle a entrepris une tâche pareille. Mais elle n’est pas très forte en latin et le jour où les hommes sont devenus des VIRUS au pluriel sous sa plume correctrice, nous lui avons conseillé de retourner à ses chères racines grecques.” (p. 52)

Socrate est “le gourou de service au siècle de Périclès.” (p. 52)

Exaltation des sens: “Toutes les femmes qui ont été fabriquées dans un utérus connaissent d’abord l’utérus, dit Xanthippe, ce lieu-dit géographique de l’environnement total, lieu où elles sont touchées de partout, ce qu’elles n’oublieront jamais – surtout quand leur corps sera soumis à la carence du Toucher et à la surabondance du Voir.” (p. 55)

Le toucher est le premier sens, dit Xanthippe à la fine main, et il est le sens premier.” (p. 56)

Le deuxième sens est le goûter. Les autres sont des “sens figurés” (p. 56).

Le toucher et le goûter sont les sens de la sensualité.

4. Le sang rouge d’Aphélie

Aphélie au bleu regard et au corps tout rond nous dit qu’elle a appris en rêve l’art de déguster. Expérience fut faite à l’état de veille et ça fonctionne. […] Aphélie nous dit en rougissant: Goûtez-moi.”

Troisième farce dite ce jour-là par Aphélie et intitulée Le festin funèbre (et où une femme nommée Femme est invitée à un repas ou elle (se) sert elle-même).

Quatrième farce dite ce jour-là par Aphélie et intitulée La jeune morte (et où Iphigénie est coupée en morceaux).

Cinquième farce dite ce jour-là par Ancyl et intitulée Flower Power (et où la maman d’un enfant se met une fleur au corsage et puis se met à voler).

Blanc sur noir:
♥ On fait croire qu’elle est morte et elle meurt.
♥ On fait croire qu’elle n’a pas été tuée.
♥ On fait croire que ce n’est pas son père qui l’a tuée.

5. Le menu du Banquet

Allusion à Socrate: “Nos préparatifs lui font penser [à Xanthippe – n.n.] au fameux banquet où son célèbre mari s’est distingué par ses propos.” (p. 69) Or, Socrate s’est distingué par ses idées, et non pas par une rhétorique spéciale.

Sur la démocratie, en faisant une allusion à Robert Flacelière, auteur de La Vie quotidienne en Grèce au siècle de Périclès, chap. II: “A ce propos justement, il faut savoir que ce n’est pas quarante mais douze pour cent des citoyens qui jouisaient de leur liberté à cette époque puisque les femmes et les enfants n’avaient pas plus de droits politiques et juridiques que les esclaves.” (p. 69) L’idée qu’un enfant de dix ans, par exemple, pourrait jouir des mêmes droits politiques que son père est particulièrement attirante…

Les orateurs sont des fameux gynophages. Aristote afirme que la jument est “femelle en vertu d’un certain manque de qualités” (p. 75).

Nous sommes considérées, nous les femmes, comme des personnes fictives dans l’histoire, cette histoire «sainte» et barbare que les ci-devant hommes ont arrangée scientifiquement pour leur plus grande gloire et profit. Indésirables, mises en marge de l’espace et du temps (sauf dans la fiction), nous sommes irréelles, anachroniques et extraterritoriales, nous sommes des extra-terrestres sur notre propre planète. Il nous reste à débarquer sur terre.” (p. 76-77)

La question alors sera de savoir quelle deviendra la place des hommes dans un monde où il y aura aussi des femmes.” (p. 77)

Sur Socrate, en méprenant le sens du terme «amour», par un abaissement parodique: “Bien sûr que c’est lui le professionel de l’amour! Mais s’il aimait caresser les cheveux de Phédon, s’il était affable et disert avec ses disciples, il n’avait jamais pour moi de ces tendresses qu’il prodiguait autour de lui et qui séduisaient tant les jeunes hommes. […] Quant à faire l’amour avec moi, vous savez…” (p. 78)

Toujours sur Socrate: “quelqu’un dont la bonne conscience est à tout épreuve du fait qu’il se croit obligé de donner mauvaise conscience aux autres…” (p. 79)

Joli fragment: “Aphélie demande alors à Xanthippe si elle n’a jamais eu envie de tuer son mari Socrate […]. Xanthipe répond que l’assemblée du peuple y a pourvu… bien qu’assez tard, ajoute-t-elle avec une pointe de regret.” (p. 80)

6. Le pique-nique sur l’Acropole

Les hommes: “les archontes éponymes qui règnent dans chaque maison et donnent leur nom à quatre murs, quatre personnes et quelques papiers d’identité.” (p. 85-86) Les hommes sont atteints de “cette maladie incurable appelée le phalludisme” (p. 86).

L’Acropole est le métaphore du patriarcat. Les Caryatides sont “clitoridectomisées” (p. 87). [Comme si l’essence de la femme était le clitoris. La vision est d’ailleurs en plein accord avec la métonimie qui reduit l’homme à son pénis.]

Question d’Aphélie: “Au fait, dit-elle, Socrate a-t-il jamais mangé un sandwich au cours de ses banquets?” (p. 93)

Xanthippe propose le choix d’un sujet de conversation: “Sur l’amour ou n’importe quoi, sur la beauté ou l’immortalité de l’âme, chacune pourrait parler à tour de rôle, ce serait amusant. Ouais. Pourquoi pas sur la sexualité? dit Epsiolonne aux longues jambes.” (p. 96-97). Ils parleront de “sexualités plurielles” (p. 97).

Deuxième concerto. Le dire des sexualités

Dédicace: “A la petite Adizetu qui vit en Afrique noire et qui ne montera jamais au paradis.”

7. Le dit d’Aphélie au bleu regard

Le sexe, dit-elle, est certainement la façon la plus ancienne de faire l’amour.” (p. 111) Autrement dit, avant d’inventer l’amour les hommes et les femmes copulaient. Le commencement énonce un principe, mais la phrase suivante fait une virevolte vers un détail, une situation particulière, qui est loin de pouvoir infirmer ou confirmer l’énoncé déjà fait: “En tout cas, c’est celle que j’ai toujours pratiquée jusqu’à maintenant, même ces dernières années […].”

Le mari d’Aphélie a une paresthésie du sens du toucher, qui lui ôte le désir de faire l’amour.

Parce que chaque fois que nous faisions l’amour, à partir d’une certaine époque, il y avait cette épiphanie déconcertante. Chaque fois c’était comme s’il avait ouvert une brèche dans mon corps qui se mettait a saigner.” (p. 112) Le plus déconcertant, et de loin, est l’emploi du mot «épiphanie».

Aphélie: “Je me caresse, mon p’tit cœur. Pour voir si je suis encore vivante. Je caresse mon sexe de femme, mon clitoris, ma hampe, mes petites lèvres, mes grandes lèvres, mon pubis, mes poils, mon pénil, ma vulve, mon vestibule, mon vagin… alouette et libellule…” (p. 113) Dénomination du sexe féminin: clitorivage.

Beaucoup de descriptions d’orgasmes.

Si on n’a plus de clitoris et on n’a plus de petites lèvres on ne peut plus jamais monter au paradis. Plus jamais.” (p. 115). Comme si «paradis» était synonyme d’«orgasme».

Trous de sagesse:
♥ “[…] tous ces critères de mesuration sont des diktats masculins” (p. 117) [Ce qui revient à confondre l’instrument avec la cause.]
♥ “[...] on est toutes enceintes du moment qu’on a un utérus et des ovaires. C’est ça le commencement de la grossesse.” (p. 117) [Ce qui revient a confondre une possibilité avec son accomplissement.]

Blanc sur noir: “L’Eglise catholique romaine condamne littéralement la masturbation. Elle refuse aussi aux femmes le droit de contrôler leur corps.” (Betty Dodson). (p. 119)

Encore, blanc sur noir: “La dénégation du clitoris (…) assure la suprématie des hommes depuis des siècles et du même coup la soumission des femmes (…). La masturbation est la solution pour rompre cet esclavage social parce qu’elle va à l’encontre de la répression.” (Betty Dodson). (p. 119)

8. Le dit d’Edith aux gestes précis

Pourquoi la masturbation et non pas le lesbianisme? “Les femmes qui s’aiment accomplissent ensemble une sorte de parthénogénèse, elles s’enfantent l’une l’autre sans qu’il y ait besoin du corps de l’homme entre elles ni de ce qu’il appelle sa «semence».” (p. 122)

Comble de philosophie» féministe: “Mais les femmes, qu’est-ce qu’elles trouvent dans leur lit? Quelqu’un de tellement étranger à leur sensualité, à leur sexualité, à leur affectivité, qu’elles sont incapables de jouir en sa présence et par son activité. Ça saute aux yeux cet échec. Pourquoi persévérer? Aussi, je ne comprends pas que les femmes se tournent vers les hommes alors que la jouissance se trouve du côté des femmes. D’ailleurs, c’est une déviation de leur orientation première puisque leur premier objet d’amour a été une femme et en cela elles ne diffèrent pas des hommes.” (p. 122-123)

Les femmes qui font l’amour avec des hommes souffrent d’une “déviation «masochiste»”. (p. 123)

9. Le dit d’Epsilonne aux longues jambes

Adizetu a un chat dans la gorge (elle toussote).

Alusion au Banquet: “C’est une loi physique que les contraires s’attirent – comme on le sait depuis Héraclite – et c’est en unissant non les mêmes sons mais des sons différents qu’on obtient une musique harmonieuse.” (p. 128)

Epsilonne à Adizetu: “Je vais te dire une bonne chose: la vérité, la vraie de vraie, elle ne sort pas de la bouche des philosophes, ni de celles de psychanalystes, ni de celle des dieux. Elle ne sort pas non plus de la bouche des grandes personnes. Elle sort de la bouche des enfants comme dit le proverbe.” (p. 132)

10. Le dit d’Adizetu aux yeux luisants

Confusion totale d’Adizetu: “Il me semblait bien aussi des fois, quand je disais des mensonges, c’était comme si la vérité me sortait de la bouche…” (p. 135)

D’après elle [une chatte qui parle], les femmes humaines sont comme coupées en mille morceaux et leur vie se passe à trouver les morceaux et à les recoller aux bons endroits. Tandis que les hommes humains sont coupés en deux morceaux seulement, la tête d’un côté, le sexe de l’autre, et qu’entre les deux il y a le corps qui flotte sans savoir s’il appartient à la tête ou au sexe. En tout cas, elle a dit que les hommes ne cherchaient pas à recoller leurs deux morceaux à leur corps flottant, ils étaient bien trop occupés pour se mettre à faire cela. Chaque petit morceau de femme se promène sur deux pattes d’oiseau et chacun des deux morceaux d’homme sert de patte à l’autre: des fois c’est la tête qui transporte le sexe et des fois c’est le sexe qui transporte la tête. Mais ils ne se collent jamais parce que le corps flottant doit pouvoir passer entre les deux de temps en temps quand il est dan les parages…” (p. 136)

Blanc sur noir: “En conséquence, plus la femme a d’orgasmes, plus ils sont forts, plus elle en a, plus elle veut en avoir. Autrement dit: la femme humaine est sexuellement insatiable en présence des plus hauts degrés de saturation sexuelle.” (Marie Jane SherFey) – (p. 141)

Blanc sur noir: “La femme excisée se trouve souvent réduite à l’état de vagin et de femelle reproductrice.” (Awa Thiam) – (p. 143)

Blanc sur noir: “La clitoridectomie est le moyen le plus barbare qui soit de priver la femme de toute satisfaction sexuelle.” (Jania Mac Gillivray) – (p. 143)

11. Le dit des «Blessures Symboliques»

Des descriptions de clitoridéctomies.

Le “tissu symbolique” comme “tissu orgasmique”.

Bien difficile à contrecarer: “Je me demande pourquoi on n’arrache pas leur zizi aux petits garçons? On leur enlève rien qu’un morceau de peau, c’est pas juste!” (p. 150)

Puis ça continue: “D’un côté on enlève une peau jugée superflue et de l’autre on extirpe un organe et sa racine. Celui-ci, «comme par hasard», se trouve être l’organe de la jouissance féminine! C’est quand même pas croyable qu’on les mette toujours dans le même panier ces deux-là: circoncision et excision!” (p. 150)

Conclusion clitoridectomique: “Voilà pourquoi, dit Edith, l’ablation de cet organe est d’une telle cruauté. Tout le monde, les hommes comme les femmes de tous les continents, devraient se sentir concernés par ce problème puisque la jouissance est affaire de tout le monde!” (p. 154)

Cela est bien bonne: “Si tu persuades quelqu’un qu’il n’a pas de langue, il ne parlera pas. De même, si le clitoris est nié, il ne fonctionnera pas. D’une part, on l’excise psychologiquement, on s’en occupe peu ou pas du tout dans le rapport sexuel (c’est peut-être une des causes qui font que celui-ci est «impraticable»), on veut ignorer sa capacité de jouissance spécifique.” (p. 154-155)

Quelle abomination, quelle abominaion que la clitoridectomie, dit Aphélie.
Aphélie dit soudain chut. C’est l’heure du crime. Un père mutile sa fille par mère interposée.
Des millions de pères castrent leurs filles, dit et redit Edith.
C’est la chasse aux sorcières du vingtième siècle qui continue, dit Epsilonne.
Des sorcières de quatre ans, des sorcières de sept ans, de douze ans. Il faut les éliminer par centaines de milliers.
Il faut les éliminer une par une par millions, dit Xanthippe.
Dans vingt-six pays d’Afrique. Gynocide, dit Ancyl.
Gynocide actuel en Afrique. Gynocide actuel en Europe où se pratique la clitoridectomie psychologique, et pas seulement sur les prostituées. Honte à la Loi.
Gynocide actuel an Amérique, dit Adizetu. Honte à la Loi symbolique de nos pères.
Gynocide actuel en Asie, en Océanie, en Australie. Honte à la culture qui nous bâillonne et qui nous coupe la langue. Honte au langage. Honte à la «pantomime théâtrale de la virilité».
Gynocide actuel aux quatre coins du monde, disent les femmes réunies sur l’Acropole, en cette nuit contemporaine, gynocide actuel et archaïque répètent-elles avec colère partout sur la Terre des Hommes où les Hommes ont besoin de castrer les femmes pour se prouver qu’ils sont des Hommes
.” (p. 155-156)

Reproches sur le support rituel de la clitoridectomie: “Suprême inconscience des Hommes qui ne voient là qu’une «blessure symbolique» liée à un «rite de passage», dit Edith. Voici ce que je leur demande à ces Hommes: de quel «passage» pensent-ils qu’il s’agit ici? S’agit-il d’un «passage rituel» à une vie libre d’adulte au sein d’une communauté ayant ses us et coutumes? Parfait! La blessure dite symbolique peut alors se justifier. Mais peuvent-ils me dire comment un individu châtré devient un adulte? En quoi est-il permis à cet individu de faire usage de sa liberté? Et surtout, comment peut-il se sentir un membre à part entière de sa communauté, tout en étant irrémédiablement mutilé? Même si c’est pour appartenir à cette communauté qu’il a subi cette mutilation irréversible commdément appelée «rite de passage»?” (p. 156-157)

Encore des reproches: “Et si on leur disait: «Nous ne t’avons pas enlevé ta capacité de te reproduire, puisque nous avons prélevé suffisamment de sperme pour te faire une descendance par insémination artificielle?» Et si je leur demande encore à ces Hommes: à quoi ressemblent les rapports sexuels d’une femme excisée, dont l’excision est réelle ou psychologique, sinon à des séances d’insémination artificielle?” (p. 157)

Blanc sur noir: “L’excision est un geste qui plaît à Allah” (Parole d’un grand mufti de la Mecque au XXe siècle, citée par Jania MacGillivray).

12. Le dit de Xanthippe à la fine main

Elle raconte ses multiples expériences sexuelles. Choix ultime: initiation des jeunes garçons.

Blanc sur noir: “Les hommes doivent leur virilité à une pantomime théâtrale qui serait réduite à néant si les éléments véritables étaient connus.” (Margaret Mead) – (p. 168)

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