mardi, juillet 11, 2006

André Malraux, La Condition humaine (notes de lecture)





Une œuvre prophétique

André Malraux a dit: « Le monde s’est mis à ressembler à mes livres. »

La Condition humaine a révélé à l’Occident le sens des convulsions apparemment désordonnées qui agitaient l’ancien Empire Chinois.

Thèmes du roman: l’amour, le jeu, la drogue, le fond trouble des êtres, la Révolution, la mort, le sens de notre vie.

La Condition humaine est le plus célèbre des romans de Malraux. Sans doute le plus beau, à coup sûr le mieux composé, avec des personnages vivants et symboliques à la fois, une alternance d’action et de pensée, un film et une méditation, mais aussi une tragédie. Pour ces sentiments exceptionnels un style nerveux, cahotique, jaillissant. Mais cette langue de la lucide analyse a aussi les qualités de la prose française la plus classique, la clarté et la précision approfondies par l’intelligence, et relevées par le coup d’œil aigu, l’humour parfois, le sens du trait, la notation sècle qui laissent souvent place à la période harmonieuse de la méditation lyrique.

Parmi les difficultés suscitées par la lecture, on peut compter:
- action multiple;
- style allusif;
- dépaysement.


Situation de La Condition humaine

L’histoire:
- Europe: Montée des périls. Hitler a le pouvoir (30 janvier 33). Nazisme et fascisme menacent l’homme.
- Asie: Triomphe apparent de Chang Kaï-Shek. Mao Tsé-Toung va commencer la Longue Marche (1934).

L’auteur:
- 32 ans. A vécu et lutté six ans en Extrême-Orient. Peut « transformer son expérience en conscience ».
- Années d’apprentissage terminées. Deux romans et un essai ont précisé et mûri son talent.

La Condition humaine a une place à part par ses thèmes: l’Asie, l’engagement politique, le fond métaphysique.

Pour Malraux, la condition paysanne ou la condition ouvrière n’étaient que des aspects partiels de la condition humaine. Le roman aborde moins le probleme politique que le problème métaphysique.


Schéma de l’action

1re et 2e parties
Shanghai
21 et 22 mars – Grève et insurrection du P.C. contre le Gouvernement (Nordistes).
Succès mais inquiétudes à l’approche de Chang Kaï-Shek (Chef des Sudistes).
Attaque et espoir.

3e partie
Han-Keou
29 mars – Discussion au sommet: faut-il lutter contre Chang? Le Comité Central abandonne le groupe de Shanghaï.

4e et 5e parties
Shanghaï
11 et 12 avril – Résistance désespérée des communistea au Kuomintang.
Attentat-suicide de Tchen contre Chang.
Destruction de la permanence.
Massacre des communistes.

6e partie
(même jour) Prison-torture-exécution des communistes.
Défaite apparente.
Victoire morale des héros.

7e partie
Epilogue-Paris-Kobé (quelques mois plus tard).
Ceux qui survient.


Les personnages

Kyo

Jeune homme « au visage de samouraï ». Personnage central du livre. Son correspondent dans l’histoire est Chou En-Laï, futur premier ministre de Mao. Sa nature est celle d’un chef. Organisateur irremplaçable. Il voit le monde à travers son action. Ses actes et ses rêves tendent vers l’efficacité. C’est le contraire d’un intellectuel.

Métis, hors-caste, dédaigné par les Blancs.

Héroïsme. Même héros idéal, dont les tendances correspondent à celles manifestées par Malraux dans la vie réelle.

Aucun trait physique, aucun tic de langage, aucune attitude familière ne le distinguent comme les autres personnages du roman.

Il est la conscience qui reflète les événements.

Kyo, trahi par May, médite sur l’amour: « seule chose aussi forte que la mort ».


Gisors

Masque d’abbé ascétique dont une robe de chambre en poil de chameau accentuait le caractère.” (p. 38)

Plusieurs personnages se mêlent en Gisors: le père, le maître, l’intellectuel, l’artiste, l’opiomane.

Il aime profondément son fils, Kyo.

A moitié marxiste, esthète et intellectuel.

Il forme des êtres. Sa passion est celle de comprendre. Il cherche la vérité des êtres, leur originalité.

Gisors est le plus intelligent des personnages trop intelligents de Malraux. Son intelligence est souveraine, son pessimisme – lucide.


Katow

Personnage attachant. Sa façon de placer le mot « absolument » dans toutes les langues qu’il parle. Révolutionnaire, exilé en Sibérie. Sobre de mot. Escamote ses mérites.

Homme de jugement, qui n’a pas de confiance dans les paroles.

Une légende de générosité et de force le suit.

Ni aventurier, ni tête brûlée, ni fanatique, Katow est le plus conscient et le plus équilibré des révolutionnaires.

Il fait partie d’une typologie courante à l’époque: celle du révolutionnaire généreux, bon à tout faire (bombes ou tracts), cosmopolite et polyglotte par nécessité, habitué dès longtemps à disposer de son corps comme d’un cadavre.


Tchen

Elevé à la chinoise, il a une haine solide contre la Chine traditionnelle. Instruit par un pasteur chinois, il a l’horreur de la chair et la passion du Christ jusqu’à ce que Gisors substitue en lui la passion politique à la passion religieuse.

Ses traits favorables sont: l’amitié pour Kyo et l’affection pour Gisors. Il risque sa vie pour la Révolution.

En décidant de tuer Chang Kaï-Shek, il réveille les pulsions de mort qui gisaient en lui. Il devient possédé par son meurtre, il est fasciné par le terrorisme.

Il veut transformer le terrorisme en acte exemplaire.

Vrai kamikaze avant l’heure, il est happé par le désir de tuer, le sublime en sacrifice à une cause plus grande que lui-même.


Clappique

Personnage intéressant et original. Il invente ses biographies, ainsi son anonymat n’est que plus complet.

Voix bouffonnante, inspirée de Polichinelle. Viveur ruiné mais munificent.

Mythomane. Tout en surface par nature et animé de la volonté de ne s’attacher à rien. Il avait échappé a la famille, à l’amour, au travail, non au peur.

Refus des valeurs habituelles, plasticité, abondance de paroles et de gestes, goût du soliloque et de la grimace, culture artistique, appétit de la sensation (femmes faciles et alcool), cynisme et désinvolture.

C’est un amorphe: secondaire, non émotif, non actif.

C’est le négatif des autres, un anti-héros. Il illustre à quel néant parvient l’homme qui refuse toutes les valeurs, celles de la tradition (amour, travail, famille) et celles de la Révolution et de la fraternité.

Clappique est totalement ce que nous sommes partiellement. Pour se supporter, il lui faut s’illusionner et faire illusion.

Il désigne l’humanité moyenne, celle qui peut tout perdre, sauf le goût pour la vie.


Ferral

Caractérisé par la volonté de puissance. Personnification du capitalisme et de l’impérialisme. Son rêve: dea affaires à la politique par l’intermédiaire de la presse qu’il rêve d’asservir.

Il veut la toute-puissance, non la puissance.

Il estime l’intelligence, mais elle est avant tout pour lui la possession des moyens de contraindre les choses ou les hommes.

Sa volonté de domination lui ouvre la voie vers l’érotisme, mais non pas vers l’amour.

Grand brasseur d’affaires, moins intéressé par le succès matériel que par le risque et le goût du triomphe.

A la fin, il accueille l’echec avec une grandeur qui force le respect.

Dans sa nature s’agitent Machiavel, Don Juan, Faust.


Sens de la Condition humaine

Le thème central de l’œuvre est l’homme et son destin.

« Le Destin n’est pas la mort. Il est fait de tout ce qui impose à l’homme la conscience de sa condition. »

Le thème de la prison: les héros n’accèdent à la vraie liberté qu’après avoir passé par la pire servitute. La prison pousse à leur maximum les traits particuliers à la condition humaine: solitude, promiscuité, dépendance.

Mais à la fin, la prison est le tremplin d’où les élus s’élancent vers le ciel.
Plusieurs personnages de La Condition humaine ont quelque chose en commun: ils ressentent une humiliation.

Sources de l’humiliation:
- aliénation chez les uns;
- aspiration à la dignité ches les héros;
- orgueil démesuré chez les autres.

Chez tous les personnages, sauf Clappique, il y a la douleur, la solitude. Pour Gisors, le fond de l’homme est l’angoisse.

Tous les personnages cherchent le sens de la vie en tatônnant dans une obscurité presque complète.

La Condition humaine n’est pas autre chose qu’un moment d’une enquête fiévreuse où, dans des circonstances exceptionnelles, des être exemplaires cherchent le sens de leur existence en essayant de briser leur solitude.

Les moyens choisis pour briser la solitude sont:
- l’amour ou l’érotisme;
- l’alcool ou l’opium;
- la volonté de puissance ou l’Art;
- la Révolution ou le don de soi.

Le personnage qui incarne la volonté de puissance et l’érotisme est Ferral. Pour lui, l’érotisme n’est qu’une variété du désir d’humilier.

Pour les héros de Malraux, l’enfance et le rêve sont des faux paradis. Ils veulent se créer, regarder l’avenir, et non le passé.

La drogue est « un épouvantable mariage avec soi-mème » (Baudelaire). Le sens de l’opium est de délivrer d’une angoisse. Gisors lui demande la capacité d’oubli, le refus de la conscience.

L’opium n’est qu’une brève échappatoire, non une évasion.

Incapable de dominer les autres et de se dominer lui-même, Clappique se réfugie au jeu.

Pascal a considéré que le jeu est le divertisment qui empêche l’homme de penser à sa misère. Le jeu est une suicide sans mort. Le jeu procure au joueur l’intensité de sensations qu’il ne sait pas trouver dans sa vie.

L’Art donne un sens à la vie. L’Amour peut être une clef pour sortir de soi. Le service de la Révolution entraîne le sacrifice consenti, libère le combattant de lui-même en lui donnant l’espoir de libérer les hommes de l’humiliation.

L’Art oriental délivre l’homme parce qu’il est un système de signes et qu’il traduit l’accord du peintre avec le monde.

Le peintre japonais Kama dit: « Quand je suis allé en Europe, j’ai vu les musées. Plus vos peintres font des pommes, et même des lignes qui ne représentent pas des choses, plus ils parlent d’eux. » (p. 57)

En amour l’Orient a ses solutions qui dérivent d’une ancienne organisation sociale: la soumission traditionnelle de la femme est un moyen commode de faire régner l’harmonie entre les sexes.

Gisors aime une Japonaise parce que « l’amour, à ses yeux, n’était pas un conflit mais la contemplation confiante d’un visage aimé. »

L’amour véritable este celui qui unit Kyo et May.

Constante de la pensée de Malraux: on ne connaît jamais les êtres.

Pour Malraux, comme plus tard Sartre, l’homme est la somme totale de ses actes.

Dans le roman, la mort tient le premier rôle, parce qu’elle rend vaine toute prétention humaine à fonder quoi que ce soit.

L’action, la guerre, la politique étouffent la voix de l’amour, surtout quand la politique est devenue la Révolution.

L’adhésion de cœur et de fait à la cause de la Révolution communiste sous-tend la vie des protagonistes de La Condition humaine.

Malraux a dit: « Il n’est pas difficile de voir où est le mythe de La Condition humaine: c’est la vulnérabilité de la grandeur, la dégradation des grandes formes de l’espoir, toujours renaissant, des hommes par leur incarnation. »


Composition, art et style

Malraux a harmonisé l’action, la description et l’étude psychologique.

Dans le roman, le monde, l’action et les problèmes de la condition humaine sont vus par les yeux des personnages.

Il y a une alternance entre les scènes d’action et les scènes de reflection.

Malraux allie la technique du roman américain d’Hemingway, la technique du cinéma et la tradition psychologique française.

Malraux a dit que le premier travail du romancier moderne est de découper la réalité en scènes (ce qu’il appelle la « mise en scènes »). Il a choisit une forte concentration dans le temps.

Gaëtan Picon a dit: « La démarche naturelle de Malraux a toujours été de surprendre l’universel dans le concret. »

Les idées sont incarnées dans des personnages originaux, enracinés dans une réalité visible et sensible.

7 comentarii:

Anonyme a dit…

Bonjour, je suis eléve en classe de1ere L et je me suis inspiré de cette page pour mon exercice !
Felicitation car c'est tres complet, tres clair . . . Il devrait y avoir bien plus de site de ce genre !
Aurevoir, bonne continuation.

Anonyme a dit…

Bonjour votre site est GENIAL!!!! j'ai lu le livre, et je dois dire que je n'avais pas tout a fait compris ça comme ça!je suis en 1ere E et j'ai un long dossier à faire sur ce roman et ce site m'a beaucoup aidée! merci!

kitty a dit…

bjr je lis ce livre pr mn propre plaisir et cette analyse admirablment bi1 cnstruite m'a aidée a avoir une idée + claire sur le sujet merci!!!!!

bmx_damien.surf a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
justine a dit…

Bonjour, votre site est génial, étant en 1ES avec La Condition Humaine en oeuvre intégrale pour mon oral de français du bac, je me suis beaucoup basée dessus pour comprendre le roman: une aide considérable!
Félicitations! Et merci encore d'avoir partagé cette analyse!
Bonne continuation!

ourquiaa a dit…

Bonjour, votre site est génial ! Je suis en 1ere ES, et la Condition Humaine faisait partie de mes oeuvres intégrales, et cette analysé m'a beaucoup aidée à comprendre le roman ! Merci beaucoup !

Athee Nah a dit…

Merci pour ces bonnes pistes :)