samedi, décembre 09, 2006

Initiation au commentaire composé


Comment enseigner la technique du commentaire composé? Cette technique de rédaction est souvent mal maîtrisé, voire ignorée. Nous allons nous mettre en situation de réaliser un commentaire composé et d’analyser quelles sont les difficultés rencontrées.

1. Définition
2. Les notions de base
3. Que faire devant le texte
4. Comment organiser?
5. Comment rédiger l’introduction?
6. Etude du poème de V. Hugo extrait d’Océan
7. Comment rédiger la conclusion?

1. Définition
Ce que le commentaire n’est pas:
- une discussion sur une idée du texte;
- un exercice de paraphrase;
- un cours d’histoire littéraire;
- un résumé.

Le commentaire porte sur des textes qui expriment un sens à travers un travail sur la langue et destiné à produire un effet sur le lecteur. Le développement doit concerner ce travail de la transmission du sens à travers la production d’effets stylistiques qui rendent un texte singulier. L’élève est invité à exprimer ses goûts, son avis, son point de vue personnel.

« Le commentaire composé est un développement construit et entièrement rédigé portant sur un texte littéraire et montrant comment la combinaison des différents procédés littéraires mis en œuvre contribue à produire un effet donné sur le lecteur ».

- Construit
Le problème majeur des étudiants et des élèves est de suivre pas à pas le texte, mot à mot. Comment faire prendre conscience aux jeunes qu’il ne s’agit pas d’une explication linéraire d’un texte littéraire? Il faut insister sur:
La nécessité d’un schéma d’ensemble: Introduction, corps du devoir, conclusion.
Le plan: organisation des matériaux à l’intérieur du corps du devoir. Il n’y a pas de plan type. Vos réflexions doivent être regroupées autour de quelques centres d’intérêts.

- Rédigé
Il doit être entièrement rédigés. Les parties doivent être suffisamment claires pour qu’on ait pas besoin de mettre de titres. Les parties doivent s’enchaîner. Le candidat peut étayer sa démonstration en citant des extraits mis entre parenthèses, mais de sorte que le fil du discours ne soit pas rompu.

- Défauts et qualités
Le pire: texte amené d’une façon artificielle, pas compris. Commentaire non compris, bavardage au fil du texte, citations non justifiées, paragraphes hors sujet.

Le meilleur: Commentaire bien construit, introduction suggère le plan sasns s’appesantir, observations judicieuses, regroupées dans des parties nettes enchaînées avec soin. Réflexion soutenue par des références au texte bien choisies, références littéraires adaptées.

- Différents types de situation
a) Textes autonomes ou extraits: textes autonomes sont le plus souvent des poèmes, des lettres ou des fables. Ils ont leur unité, peuvent être strictement étudiés en eux-mêmes. Pour les poèmes, vous pouvez en situer la place dans le recueil. Les textes autonomes constituent la situation la plus simple pour le commentateur, il lui suffit d’expliciter la richesse du texte.
Les extraits sont plus complexes à étudier. Extraire 20 ou 30 lignes d’un roman est un exercice assez artificiel. S’il s’agit d’extraits d’œuvres célèbres, le correcteur risque d’être déçu s’il n’y a aucune mise en rapport avec l’ensemble.

b) Références culturelles
En présence d’un texte, vous pouvez:
Ne rien savoir de l’auteur. Il faudra simplement s’en tenir au texte.
Connaître l’auteur et il s’inscrit dès lors pour vous dans un courant littéraire.

A éviter: commentaire linéraire, avec une partie sur la forme et sur le fond.

2. Les notions de base
Un texte est un réseau d’idées et de figures de style qui convergent vers la production d’un effet sur le lecteur. Il ne faut jamais évoquer un procédé de style sans tenter de préciser de l’effet qu’il produit. Revoir fonction utilitaire et poétique du langage, les effets sonores, de rythme, de ressemblance (comparaison, métaphore), d’insistance, d’atténuation (la litote, l’euphémisme)…

3. Que faire devant le texte?
Le commentaire composé se fonde sur les impressions ressenties à la lecture. Il comprend donc des éléments subjectifs qu’il faudra présenter comme une démonstration.

- Lecture innocente
Laissez-vous imprégner par le texte. Numérotez les lignes. Notez les impressions, les idées qui vous viennent à l’esprit.

- Questionnement du texte:

a) A quel genre littéraire appartient le texte?
Il faut situer l’analyse dans un sous-ensemble. Poésie lyrique, satirique…

b) De quoi est-il question? Quel est le thème?
A quoi se ramènerait le texte si on le réduisait à un texte d’idées.

c) Quelle est la composante principale?
Action, conversation, description, réflexion, sentiment, rêve.

d) Quel est le procédé dominant?
- Action: scène de guerre, d’aventure, de la vie quotidienne. Cette présentation peut être générale ou minutieuse. Les événéments peuvent se succéder à un rythme lent ou sacadé.
- Conversation: dialogue direct, rapporté au style indirect.
- Descriptif: l’auteur choisit de faire un ou plusieurs tableaux dans lesquels domineront les éléments de décor, d’attitude…
- Réflexion: le ton peut être plus ou moins personnel. Il pourra s’agir d’un monologue intérieur.
- Rêverie: poésie lyrique notamment. L’imagination trouve des correspondances à l’intérieur de la réalité par l’emploi de métaphores.

e) Quelle progression se réalise dans le texte?
Un texte n’est pas écrit en vain. L’action est toujours tributaire de l’évolution psychologique des personnages.

f) L’auteur se manifeste-t-il dans le texte? Comment?
L’auteur peut éviter de manifester sa présence comme Flaubert, présent partout, visible nulle part. Il peut, comme Stendhal, faire des intrusions ou même apostropher le lecteur comme Diderot.
Il peut être intéressant de situer le narrateur dans le temps par rapport au moment où les événements se déroulent.

g) Quelle est l’intention de l’auteur?
Il cherche à produire un effet sur le lecteur, à travers l’emploi de procédés d’écriture. Si le procédé dominant est de décrire une succession d’actions vivement enchaînées, on peut en conclure que l’auteur avait l’intention de peindre une scène vivante.

4. Comment organiser?
Votre première approche du texte vous a apporté des impressions. Il va falloir désormais confronter ces trouvailles avec le texte et organiser l’ensemble des matériaux en centres d’intérêt. Ces opérations correspondent à l’examen détaillé du texte et l’établissement du plan. C’est à ce moment que devra être rédigée l’introduction.

a) Examen détaillé du texte;
b) Etablissement des grandes lignes du plan;
c) Rédaction de l’introduction.

a) Examen détaillé du texte:
A pour but de confronter les premières impressions et les découvertes avec le texte. Ce travail de vérification permettra un repérage-regroupement des matériaux. Vous avez pu négliger une partie du texte, faire une lecture erronée. Si vous avez repéré qu’il s’agit d’une description, vous pouvez noter les sensations (auditives, visuelles, olfactives…).

b) Etablissement des grandes lignes du plan:
On vous recommande de ne pas rédiger avant d’avoir posé les lignes du plan. Il n’existe pas de plans types, passe-partout. Chaque texte, par sa singularité, appelle un plan original.

Tableau récapitulatif des opérations à mener devant le texte
1. Lecture innocente. Premières impressions
2. Questionnement du texte: a. Genre, b. Thème, c. Composante, d. Procédé, e. Progression, f. Auteur, g. Intention
3. Examen détaillé du texte: vérification, repérage-regroupement
4. Grandes lignes du texte
5. Rédaction de l’introduction: a. Thème, b. Procédé, c. Intention
6. Rédaction du commentaire.

5. Comment rediger l’introduction?
Les introductions sont très souvent mauvaises.
A éviter: « V. Hugo est un grand poète romantique du XIXe siècle qui s’est toujours intéréssé à la jeunesse et c’est ce qu’il fait aussi dans ce poème.
Nous étudierons tout d’abord, dans une première partie, la façon dont il affirme sa position, puis nous verrons dans une seconde partie comment il peint d’une façon contrastée les jeunes et les vieux. Enfin, dans une troisième partie, nous verrons comment est construit le poème ».

Défauts de l’introduction:
- Il fallait indiquer le nom du recueil.
- La première phrase est passe-partout. Il faut tenir compte de la spécificité du texte.
- Les parties sont annoncées avec lourdeur. Elle doit indiquer les orientations qui seront suivies dans le développement sans le déflorer.

a) L’introduction situant le texte dans l’œuvre
Elle consiste à situer un poème dans un recueil ou, pour un extrait de théâtre ou de roman, à résumer brièvement ce qui précède. Le résumé ne doit contenir que les éléments utiles à la compréhension du texte.
Ce type d’introduction n’est possible que lorsque l’œuvre d’où est tiré le texte est au programme. Elle n’est possible que lorsque vous connaissez parfaitement l’œuvre.

b) L’introduction situant le texte dans un contexte
Elle consiste à partir d’une idée générale pour en venir au problème concerné.

« O jeunes gens! Elus! Fleurs du monde vivant,
Maîtres du mois d’avril et du soleil levant,
N’écoutez pas ces gens qui disent: soyez sages!
La sagesse est de fuir tous ces mornes visages.
Soyes jeunes, gais, vifs, amoureux, soyez fous!
O doux amis, vivez, aimez! Défiez-vous
De tous ces conseillers douceâtres et sinistres.
Vous avez l’air joeux, ce qui déplaît aux cuistres.
Des cheveux en forêt, noirs, profonds, abondants,
Le teint frais, le pied sûr, l’œil clair, toutes vos dents;
Eux, ridés, épuisés, flétris, édentés, chauves,
Hideux; l’envie en deuil clignote en leurs yeux fauves.
Oh! comme je les hais, ces solennels grigous.
Ils composent, avec leur fiel et leurs dégoûts,
Une sagesse pleine et d’ennui et de jeûnes,
Et, faite pour les vieux, osent l’offrir aux jeunes! »
(Victor Hugo, Océan)

« Victor Hugo est, pour beaucoup de gens aujourd’hui, le vieillard à la barbe fleurie qui écrivit L’Art d’être grand-père, un ouvrage où les rapports entre générations sont empreints de sympathie. De ce fait, un grand nombre de ses lecteurs éprouveraient une certaine surprise devant de poème – resté il est vrai dans ses tiroirs et recueilli après sa mort dans Océan – où les vieux sont violemment pris à partie.

Mais à y regarder de près, on se retrouve quand même en pays connu. Le caractère partial et injuste du point de vue tient aux lois du genre polémique qu’affectionne Hugo. Et, dans ce petit texte, comme nous le verrons, se retrouvent les principales composantes de l’art hugolien, c’est-à-dire une forte implication de l’auteur dans son propos, une prédisposition pour l’antithèse et une orchestration savante des différents éléments ».

Cette forme d’introduction correspond à un mode d’exposition naturel, car nous abordons un problème devant un auditoire, nous le situons dans un contexte plus large. La méconnaisance des élèves du contexte les amène à écrire des banalités.

Une autre solution existe:
c) L’introduction thème-procédé-intention

Elle n’exige pas de connaissances extérieures. Elle comporte trois phases:
1. De quoi est-il question dans le texte? Quel en est le thème?
2. Quel est le procédé dominant?
3. Quelle est l’intention de l’auteur?
Il faut demander aux élèves de répondre à ces questions par une seule phrase: cela évite le délayage.

Thème:
Extrait d’Océan, ce poème en alexandrins de V. Hugo oppose avec force la vie généreuse et folle de la jeunesse et l’existence tarie et envieuse des vieillards dont la perfide sagesse cherche à exercer sur elle un ultime pouvoir.

Procédé:
La force de l’opposition se traduit par le caractère presque caricatural de l’antithèse entre jeunes et vieux autour de laquelle tout le poème est bâti, et par l’extrême vivacité de l’apostrophe aux jeunes qui constitue une invitation à resister aux conseils hypocrites des vieillards.

Intention:
Cette volonté de tenir la jeunesse à l’abri des conseils hypocrites gouverne le ton véhément et presque révolté de ce poème où l’auteur a voulu, par une implication personnelle marquée et l’opposition partiale de deux univers, convaincre le lecteur que la sagesse est du côté de la vie.

6. Comment rédiger la conclusion?
A éviter:
- la conclusion bâclée, banale, comme simple récapitulation;
- le jugement sur l’auteur.
D’où la nécessité de placer les élèves dans les conditions réelles de l’examen, de faire des épreuves en temps limité.

Fonction de la conclusion:
La conclusion est particulièrement importante parce qu’elle donne la dernière impression sur le devoir. Elle montre qu’on ne sait pas interroger en vain et elle apporte des réponses aux questions soulevées dans le développement. Il s’agit de s’interroger sur l’adéquation des moyens mis en œuvre par l’auteur et l’effet obtenu.

Construction de la conclusion:
Avant de rédiger la conclusion, relisez le développement. Vous avez montré, dans le corps du devoir, comment certains effets étaient produits dans le texte et avec quels moyens littéraires. Il faut s’interroger sur le succès de l’auteur dans les choix littéraires qu’il a fait. Mais la conclusion ne doit pas être abrupte. Elle doit d’abord synthétiser la réflexion, résumer les acquis du développement avant d’établir un jugement sur la réussite de l’auteur et de procéder à un élargissement. Ce dernier consiste à ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.

La conclusion fermée est:
1. Récapitulation.
2. Jugement sur la réussite de l’auteur.
Elle verrouille la réflexion.

La conclusion ouverte est:
1. Récapitulation.
2. Jugement sur la réussite de l’auteur.
3. Elargissement.
La pensée donne le sentiment d’être en éveil et de ne pas se satisfaire du problème résolu.

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